Rudolf Höss au procès de Nuremberg (2/2) : La solution finale de la question juive

Les premières techniques et les premiers camps d’extermination en guise d’exemple et de leçon pour le jeune commandant Höss

Rudolf Höss ne fait pas ici état de toutes les expériences qui ont abouti finalement à la solution finale mais il nous parle de ghettos en particulier celui de Varsovie. C’est en effet avec les Ghettos à partir de 1939 que les nazis débutent l’extermination des juifs. Le ghetto de Varsovie en est l’exemple le plus frappant et le plus important. Crée officiellement en octobre 1940, il mesure en superficie 5 km² et c’est dans ce petit espace que sont entassés les 400 000 juifs vivant à Varsovie. C’est la terrible condition de vie des juifs (maladie, famine, etc…) dans ses ghettos qui permet la mort des plus faibles. En 1941, Höss alors commandant d’Auschwitz doit construire des installations d’extermination, il visite alors Treblinka où il apprend que les juifs du ghetto de Varsovie sont déporté dans ce camps pour être tué. En vérité selon Philippe Burin, Rudolf Höss se trompe d’un an et  a reçu cet ordre en 1942.

Höss ne parle pas de la « Shoah par balle » réalisé par quatre groupes des Einsatzgruppen lors de l’opération Barbarossa. C’est une étape vers la solution finale réalisé par des hommes en petit groupe au nombre de 3000 au total qui passe dans les villages soviétiques et assassine par les balles des juifs, des soviétiques en creusant de grandes fosses ou les corps sont enterrés. C’est une solution pas assez rentable, efficace et qui choque trop l’esprit des Einsatzgruppen. Reinhard Heydrich, bras droit de Himmler met en place le plan T4 qui vise à exterminer les handicapés mentaux et physiques à Chelmno véritable laboratoire du génocide. La technique des camions de la mort est utilisée mais encore une fois elle ne s’avère pas assez efficace pour les ambitions de Himmler.

C’est lors de la conférence Wannsee le 20 janvier 1942 présidé par Heydrich que la solution finale prend véritablement place. La construction des premiers camps débute en décembre 1941. C’est à partir de là que Rudolf Höss commence son récit sur le génocide des juifs en nous parlant notamment de trois camps : Beizek, Treblinka et Wolzek. Ici il y a un problème sur le nom de Wolzek, Höss nous parle probablement de Majdanek déjà construit à cette époque. Pour les deux camps de Belzec et Treblinka, ils font partie de ce que l’on appelle l’Aktion Reinhard en hommage à Reinhard Heydrich tué en 1942. Ces deux camps comme nous le dit Höss sont sous le Gouvernement Général de Pologne. Ainsi peut être que par Wolzek, Höss entend Sobibor qui est le troisième camp de cette organisation. Cette opération visait à exterminer tous les juifs de Pologne et dans tous ces camps c’était au monoxyde de carbone que les juifs était tué par asphyxie. C’est donc au regard de ce qui se fait déjà que Höss met en place les installations d’extermination d’Auschwitz en ne reproduisant pas les erreurs des premiers camps.

Exemple du camp d’extermination d’Auschwitz : le plus meurtrier du Troisième Reich

En avril 1940, le camp d’Auschwitz prend forme, c’est d’abord un camp de concentration pour les résistants polonais proche de la localité d’Oswiecim (dit Auschwitz), il est placé sur la ligne de chemin de fer Cracovie-Katowice. Cette région de Pologne est riche en matière première ce qui permet à des entreprises de s’installer et d’avoir de la main d’œuvre abondante et gratuite. En mars 1941, Himmler visite Auschwitz et avec Rudolf Höss décide de construire une extension pour installer un camp d’extermination. C’est à quelques kilomètres (trois précisément) qu’un second camp est créé s’ajoutant au Stammlager (le camp souche). Ce nouveau camp se situe dans la localité de Birkenau ce qui donne donc Auschwitz-Birkenau. C’est les prisonniers d’Auschwitz I qui construisent Auschwitz II. Birkenau est un camp s’étendant sur une superficie de 170 hectares entouré de 16 km de barbelé électrifié, avec 300 baraquements en bois qui habitent 60 000 déportés.

Il y a évidemment les chambres à gaz au nombre de quatre appelées (KII, KIII, KIV, KV, le K pour Krématorium) accompagnées chacune de fours crématoires situé parfois au-dessus. Rudolf Höss insiste sur la capacité de ces chambres qui sont plus grandes que dans les précédents camps comme Treblinka « Un autre progrès sur Treblinka fut réalisé par la construction de chambres à gaz pouvant contenir 2.000 personnes, tandis qu’à Treblinka il y avait dix chambres à gaz ne pouvant contenir que 200 personnes chacune. » (lignes 51-53). Les chambres KII et KIII sont les plus grandes (200 m²) et peuvent contenir 1000 personnes, 2000 selon Höss. Les déportés entraient dans une salle de déshabillage au sous-sol (pour les KII et KIII) puis entrer dans la chambre à gaz en pensant que c’était une salle de douche même si certains comprenaient que la fin approchait. Après quelques minutes, les corps morts étaient montés par un monte-charge vers la salle des fours. Rudolf Höss nous livre un détail glaçant puisqu’il nous dit « nous savions quand les gens étaient morts car ils s’arrêtaient de crier » (ligne 47-48). Avant de bruler les corps, Höss dit « nos commandos spéciaux prélevaient les bagues et extrayaient les dents en or des cadavres. » (ligne 49-50). Höss fait référence au Sondercommandos qui étaient également chargé de brulé les corps, ces Sondercommandos sont des juifs. Ils fouillent les corps jusqu’e dans les parties intimes pour trouver des objets, bijoux. Ils font le sale boulot à la place des soldats allemands. Les bijoux et objets trouvés rejoignaient tous les objets personnels des déportés situés dans les bâtiments de la kanada où ils étaient triés.

Et c’est au moment de l’étape du gazage que Höss ou du moins son adjoint change la pratique d’extermination. En effet, ce n’est plus du monoxyde de carbone utilisé dans l’Aktion Reinhard mais du « Cyclon B » (ligne 44) qui est utilisé.  C’est durant une absence de Höss que son adjoint a l’idée d’utiliser ce gaz, il trouve qu’il est plus efficace. Des tests sont réalisés à Auschwitz I en septembre 1941, et les gazages commencent à Birkenau en mars 1942. Le Zyklon B est un pesticide à base de d’acide cyanhydrique. Dans un local hermétique et à partir de 25 degré, les cristaux se transforment en gaz mortel, un kilo de ces cristaux pouvait causer la mort de 2000 personnes. Le Zyklon B était jeté dans les chambres à gaz par des trous situé au plafond.

Le bilan d’Auschwitz est très lourd cependant il est approximatif car les nazis dans leur volonté de secret ont peu tenu des comptes ou ses comptes et rapports étaient codés. On peut comparer les chiffres que nous donne Höss avec les chiffres d’une étude de 1998. Rudolf Höss « estime que au moins 2 500 000 victimes » (ligne 4)  furent exécutés à Auschwitz « par le gaz et le feu » (ligne 5) et il ajoute 500 000 personnes mortes de faim et de maladie. Ces chiffres paraissent élevés au vue de l’étude qui indique quant à elle 1 100 000 de juifs et 135 000 personnes de différentes nationalités (Polonais, Tsiganes, prisonniers de guerre soviétique, français, allemand, etc…). Dans tous les cas, ces chiffres sont les plus élevé pour un camp d’extermination du Troisième Reich, Auschwitz porte bien son nom de « camp de la mort ».

Le choix des victimes et le secret partiellement gardé des camps

Les déportés arrivent au camp en train, par convoie de milliers d’individus. Pour ceux qui ont survécu au trajet, ils descendent du train et sont tout de suite accueilli par le cri des chiens de garde et des nazis. Il y a dès ce moment-là un premier tri entre ceux qui partent directement aux chambres à gaz et ceux qui vont au camp, ils sont triés sur la Judenramp (rampe de sélection). Rudolf Höss précise la manière dont sont triés les déportés « nous avions deux médecins SS en service à Auschwitz chargés d’examiner les prisonniers qui arrivaient. On faisait défiler ces prisonniers devant un des médecins qui se prononçait immédiatement en les voyant passer. Ceux qui étaient capable de travailler étaient envoyés au camp. Les autres étaient envoyés immédiatement aux installations d’exterminations. » (lignes 54 à 56). Le choix était simple, les plus faibles étaient tués immédiatement et les autres en âge et en condition physique pour travailler étaient envoyés au camp. Donc les enfants en bas âge comme le dit Höss mais aussi les femmes enceintes et les vieillards partaient directement pour la mort.   

Garder le secret de ces exterminations est un des objectifs des SS, c’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle la solution finale a été mise en place car les Einsatzgruppen étaient trop visible aux yeux du monde. Ce n’est pas seulement les habitants aux alentours des camps qui ne devaient rien savoir, c’est aussi les déportés eux-mêmes jusqu’aux derniers instants de leur vie. C’est une des différences que relève Höss par rapport à Treblinka « à Treblinka les victimes savaient presque toujours qu’elles devaient être exterminées, tandis qu’à Auschwitz nous essayâmes de les tromper en leur faisant croire qu’on allait les épouiller. » (ligne 59-61). Mais caché une industrie de la mort d’une telle ampleur n’est pas chose simple et beaucoup de prisonnier connaissait leur destin comme on le voit dans Si c’est un homme de Primo Levi qui savait pertinemment que ceux qui allait à Auschwitz II (lui était à Auschwitz III ou Monowitz) ne reviendrai pas. Rudolf Höss nous parle de femme cachant leur enfant sous leurs vêtements, les nazis les trouvaient souvent. C’était le devoir de Rudolf Höss et de ses adjoints de gardé le secret sur ce qui se passait à Auschwitz mais comme le souligne Höss « la puanteur fétide et écœurante des corps continuellement brulés imprégnait toute la région, et tous les gens habitant les environs savaient que l’on procédait à des exterminations à Auschwitz.

Dans cette déclaration, Höss nous parle des camps et principalement celui d’Auschwitz, de leur fonctionnement, et des chambres à gaz et de leur efficacité ou non. Mais le plus important c’est peut-être ce qu’il dit sur l’administration de la Shoah car c’est véritablement cela qui est plus compliqué à appréhender étant donné la notion de secret qui s’est ajouté à la notion de solution finale.  Etant donné sa fonction de commandant du « camp de la mort », Höss est probablement lucide sur le sort qu’il l’attend à savoir la peine de mort et donc il livre un témoignage sans chercher à se défendre, il est froid dans son discours, n’utilisant que très peu d’adjectif voir aucun ce qui pour les historiens est primordiale. Il parle des pires évènements avec la même froideur mais malgré tout il faut rester méfiant. Cette déclaration est un préambule à une compréhension plus complète de la solution finale, il a peu de portée et c’est peut-être dans son autobiographie que l’on peut en connaître plus. Cependant la connaissance de la Shoah par les historiens et surtout par la population se fait bien plus tard tout d’abord dans le procès d’Adolf Eichmann organisateur notamment de la conférence de Wannsee puis dans les années 70.

Bibliographie

Instrument de travail

  • Georges Bensoussan – Dictionnaire de la Shoah – Paris – Larousse – 2015
  • Dictionnaire en ligne Le Parisien – Sensagent

Ouvrages généraux

  • Serge Berstein, Pierre Milza – Histoire du XXe siècle, La fin du monde européen (1900-1945) – Paris – collection initial – Hatier – 2017

Ouvrages et articles spécialisés

  • Anastasio Karababas – La Shoah, L’obsession de l’antisémitisme depuis le XIXe siècle – Paris -collection Thèmes et Débats – BREAL – 2017 
  • Rudolf Hoess – Le commandant d’Auschwitz parle – Paris – La Découverte – 2015

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