Rudolf Höss au procès de Nuremberg (1/2) : L’administration du génocide à travers son parcours

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les chefs nazis encore en vie furent jugés dans l’un des plus grands procès de l’histoire à Nuremberg. Hitler, Goebbels et Himmler se sont suicidés mais il reste encore des hommes qui peuvent faire connaître au monde la terrible industrie de la mort qu’ils ont contribué à mettre en place. La Shoah, l’Holocauste et la Solution finale sont trois expressions qui expriment une même réalité qui est difficile en 1945 à percevoir. Les nazis encore vivant sont plus ou moins bavard et tandis qu’un Goering se suicide avant sa pendaison, un homme va contribuer à mieux connaître cette terrible période de l’histoire : Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz. Il né le 25 novembre 1900 à Baden-Baden. Il s’engage au parti nazi en 1922, puis passe dix années en prison jusqu’en 1934 date à laquelle il commence sa carrière dans l’administration des camps de concentration et d’extermination à Dachau puis Sachsenhausen, et enfin Auschwitz. Il est arrêté le 11 mars 1946 par les britanniques puis il témoigne au procès de Nuremberg, Il est jugé par le Tribunal suprême de Pologne et pendu sur son lieu de travail à Auschwitz le 16 avril 1947. Il aura laissé un témoignage très important dans une autobiographie écrite en prison appelé Le commandant d’Auschwitz parle où il n’exprime aucun remord vis-à-vis des victimes. C’est lors de son audition au procès de Nuremberg, le 15 avril 1946, qu’un affidavit signé par Rudolf Höss le 5 avril est lu en sa présence. Le document qui nous intéresse ici constitue cet affidavit, c’est un document judiciaire faisant partie des milliers de pages du procès de Nuremberg publiées entre 1947 et 1949 en français, anglais et allemand par le Secrétariat du Tribunal Militaire International sous la juridiction des Autorité alliées de contrôle pour l’Allemagne. Vous pouvez le retrouver ici en version pdf partagée par l’Université de Caen qui a intégralement publié ce qui c’est dit pendant le procès (affidavit de Höss aux pages 426-429). Dans ce document, Rudolf Höss nous parle de son parcours dans l’administration nazie ainsi que des innovations qu’il nomme progrès réalisées par lui-même dans le camp d’Auschwitz et qu’une partie du fonctionnement de ce camp. En quoi cet affidavit constitue un document primordial dans la compréhension de la solution finale, de son administration, de ses hommes, de ses camps et de son fonctionnement ? C’est ce que nous nous demandons dans une série de deux articles. Celui-ci tout d’abord sur l’administration du génocide qui transparaît à travers le parcours de Rudolf Höss puis nous expliquerons dans le deuxième article la solution finale de la question juive à travers notamment le tristement célèbre camp d’Auschwitz-Birkenau décrit par Höss.

Rudolf Höss à droite aux côtés de Joseph Mengélé au centre et Richard Baer à gauche

L’administration nazie du génocide et son évolution

Pour mieux comprendre le parcours de Höss il faut connaître les principaux organes administratifs des nazis. Le génocide des juifs a pris une telle ampleur grâce ou plutôt à cause de son organisation stricte et ficelée. Höss nous explique qu’un organisme a été mis en place pour établir la Shoah afin d’augmenter l’efficacité meurtrière des nazis. Il nous dit « Avant la formation du RSHA, c’était la Police secrète d’État (Gestapo) et la Sûreté (Kriminalpolizei) qui étaient les services responsables des arrestations et des internements en camps de concentration ainsi que des peines et des exécutions qui y étaient appliqués ou qui s’y déroulaient » (ligne 16-19). En effet le 27 septembre 1939 Heinrich Himmler, Reichsführer-SS (chef de la SS) fusionne l’Office central de la police de sécurité composé de la Gestapo (police secrète) et de la Kripo (police criminelle) avec l’Office central de sécurité le SD (service de renseignement de la SS) pour former le RSHA, l’Office central de la sécurité du Reich. Ce nouvel organe de l’administration nazi a pour principal objectif la déportation et l’extermination des Juifs d’Europe à partir de 1941. Comme le souligne justement Rudolf Höss, cet organe a eu deux chefs, premièrement Reinhard Heydrich haut membre des SS jusqu’à son assassinat en juin 1942 par des résistants, puis Ernst Kaltenbrunner en janvier 1943 lui aussi membre de la SS. Le RSHA est lui-même divisé en sept divisions appelées Amter (Amt 1, Amt 2, Amt 3, etc…) chacune ayant un rôle particulier comme la Gestapo qui constitue l’Amt 4 mais aussi l’Amt 7 pour la documentation, la propagande et les archives.

Rudolf Höss nous parle d’un autre organisme également lié à la Shoah, le WVHA l’Office central d’administration et d’économie). Cet organisme a pour objectif principal d’exploiter économiquement la Shoah. C’est Oswald Pohl (cité ligne 33) SS-Obergruppenführer (2ème rang de la SS) qui eut l’idée en 1940 d’exploiter économiquement le génocide. Il met en place deux organismes dont le VWHA qu’il fusionne en 1942 pour former le WVHA. Cet organe à l’instar du RSHA est divisé en groupe au nombre de 5 (Amtsgruppe), le groupe A, B, C, D, W avec chacun ces dispositions.

Le parcours de Rudolf Höss

Rudolf Höss est dès son plus jeune âge un garçon peu sociable, préférant rester seul qu’avec des amis, il se détourne de son éducation catholique et quand arrive la Première Guerre Mondiale il a une envie pressante de combattre et il part pour le front alors qu’il n’est âgé que de 15 ans. Il explique d’ailleurs dans son autobiographie la première fois où il a tué un soldat. Après la guerre en 1924,  il tue à nouveau mais cette fois un communiste et il prend dix ans de prison.

Des juin 1934, il rentre dans la SS et débute sa terrible carrière d’administrateur dans les camps coïncidant avec la fin des SA administrateurs des camps à l’époque. Comme il le précise dans le texte à la première ligne, il s’est constamment occupé de l’administration des camps depuis 1934 date à laquelle il prend fonction au camp de concentration de Dachau en tant qu’adjoint et apprend dans le premier camp construit par les nazis la philosophie de son commandant Theodore Eicke lui enlevant toute compassion à l’égard des juifs ou non allemands. Höss nous dit que par la suite en 1938 jusqu’en 1940 il est adjoint à Sachsenhausen, un camp crée en 1936 pour former notamment les commandants des futurs camps nazis.

Le 1er mai 1940, Rudolf Höss est nommé commandant d’Auschwitz par l’inspecteur des camps de concentration Richard Glücks, un camp nouveau dont la construction a commencé en février. Ce camp est pour l’instant un camp de concentration visant à faire travailler les détenus comme l’indique la célèbre et terrible phrase apposée à l’entrée du camp par Höss lui-même « Arbeit Macht Frei » (le travail rend libre). Par la suite en 1941 il s’attèle comme on le verra à la construction d’installation visant à l’extermination de certains déportés. Rudolf Höss est commandant d’Auschwitz jusqu’au 1er décembre 1943 date à laquelle il devient chef de l’Amt 1 du groupe D du WVHA ce qui ne l’empêche d’avoir un œil sur Auschwitz. Cet organe que l’on a vu plus haut avait la direction de certains camps et donc se partager en quelques sortes la direction des camps du Reich avec le RSHA. Höss avait donc comme mission de faire communiquer ces deux organismes et notamment leur chef respectif Pohl pour le WVHA et Kaltenbrunner pour le RSHA. On voit donc à travers le parcours de Höss toute la minutie de l’administration des camps et plus généralement de la Shoah, notamment la communication, la formation, la hiérarchie, ainsi que la construction des camps qui a permis la terrible efficacité de la solution finale. Toute cette organisation minutieuse a pour objectif de satisfaire les idéaux d’un Führer, c’est-à-dire l’extermination des certaines communautés ciblées.

Les cibles du génocide

Höss nous donne des chiffres très important pour les historiens car ces chiffres du nombre de mort par communauté manquent souvent à l’appel, en effet dans ces camps le secret était important. Il nous signale tout d’abord les prisonniers de guerre principalement soviétique car les camps d’extermination coïncident avec l’opération Barbarossa lancée par Hitler contre l’URSS. Puis il y a évidemment les juifs de toutes l’Europe, Höss nous cite plusieurs pays dont l’Allemagne, la Hongrie, la France, ou encore la Pologne. Rudolf Höss omet de parler des autres communautés soit par simple oublis, soit par négligence ne parlant que des communautés les plus importantes en nombre. Il y a en effet à Auschwitz d’autres communautés victimes des exterminations comme les Tziganes ou les homosexuels (en très petit nombre). Dans tout le texte, c’est la communauté juive qui revient souvent au centre de cette industrie de la mort avec le bilan le plus lourd. Avant la shoah, il y a en Europe 8 à 10 millions de juifs. La solution finale de la question juive va causer la mort de plus de 6 millions de juifs majoritairement ashkénazes. En Pologne, c’est 92% de la population juive qui meurt principalement par fusillades et dans les camps de la mort. Cette haine contre les juifs remonte au Moyen Age, avec d’abord une haine religieuse venant de la religion chrétienne, les juifs sont « les traitres » aux yeux des chrétiens. Mais l’antisémitisme de la Shoah vient surtout des écrits de la fin du XIXe siècle qui mettent en évidence une race arienne face à une race juive inférieure allant même jusqu’à utiliser les théories de l’évolution de Darwin. Le juif est vu également comme celui qui contrôle la finance, les banques sur le dos du peuple allemand, les théories du complot sont nombreuses. Ce sont des auteurs comme Drumont et Maurras en France ou Marr et Fritsch en Allemagne qui font circuler ces théories racistes.

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s