Daniel Mayer (1909-1996) : un résistant de la première heure et de la dernière

Daniel Mayer est un homme politique français né à la veille de la Première Guerre mondiale en 1909, dans une famille de la petite bourgeoisie juive alsacienne. Son enfance aux côtés de sa mère tuberculeuse lui apporte les bases de l’écriture et de la lecture mais guère d’avantage. Il obtient son certificat d’études primaires à 12 ans et sa condition familiale ne lui permet pas de réaliser de grandes études. Après une vie parisienne faite de petits boulots, c’est à 17 ans que le jeune Daniel Mayer rencontre la politique via l’affaire Sacco et Vanzetti, où deux anarchistes sont exécutés aux Etats Unis en 1927 (condamné en 1926), ce qui pose des questions morales et éthiques bousculant les valeurs du jeune homme. Il manifeste alors et adhère à la Ligue des droits de l’Homme et lors d’une conférence de la Ligue, il tombe en admiration devant l’éloquence de Léon Blum alors débuté socialiste du vingtième arrondissement de Paris. Il adhère par la suite à la SFIO et aux Jeunesses socialistes, une adhésion dit-il qui « obéit plus au réflexe qu’à la réflexion ». C’est le réflexe d’un jeune militant de plus en plus convaincu et déterminé. La réflexion vient par la suite lorsque Daniel Mayer devient en 1928 délégué à la propagande des Jeunesses socialistes de la Seine et ainsi occasionnellement rédacteur d’articles dans Le Populaire, grand journal socialiste de l’époque. En 1929, les circonstances tumultueuses d’un meeting parisien permet à Daniel Mayer de montrer ses talents d’orateur aux responsables de la SFIO, Paul Faure et Léon Blum, dans un discours improvisé ce qui lui permit quatre ans plus tard d’être journaliste permanent et puis chef du service social au Populaire. Il peut alors se constituer à la fois un réseau d’amitié au sein du mouvement socialiste et une véritable connaissance et pensée sur les questions de son temps à commencer par la montée du nazisme. Dès lors ce sont les Accords de Munich en 1938 qui détruisent toute illusion pacifiste chez Mayer et son engagement dans la Résistance n’est que le prolongement de ce bellicisme convaincu. Les origines juives de Mayer le confortent dans sa volonté de résistance face au régime de Vichy.

Daniel Mayer en 1939

Il tente d’organiser la résistance beaucoup dispersée dans un CAS (Comité d’action socialiste) en mars 1941 qui devient un véritable Parti socialiste clandestin reposant entre autre sur l’impact médiatique du procès de Riom de 1942. En 1943, Daniel Mayer se rend à Londres, rencontre les socialistes anglais mais surtout obtient un entretien avec le Général de Gaule, chef de la résistance pour que ce dernier reconnaisse les partis politiques clandestins. Daniel Mayer, toujours à Londres, participe amplement à l’écriture d’un manifeste du Parti socialiste, visant en quelques sortes à poser les bases d’un nouveau parti socialiste loin du vote du 10 juillet 1940 où une majorité de socialistes défaitistes avaient voté pour les pleins pouvoirs de Pétain, socle du régime de Vichy. Mayer représente le PS clandestin lors des réunions du CNR (Conseil nationale de la Résistance). En 1944, quand vient l’heure de la Libération, le rôle important de Daniel Mayer dans la résistance lui permet de devenir le secrétaire général de la SFIO. Mais la question des actions de chacun durant la guerre fragilise nettement la reprise du parti. La position trop ferme de Mayer qui se base sur une légitimité résistante ne fait pas l’unanimité et ce dernier devient très impopulaire au sein du parti de par aussi son image d’un parisien loin des préoccupations ouvrières. Au congrès d’août 1946, Daniel Mayer est contraint de démissionner. Sa carrière politique n’est pas terminée pour autant puisqu’il est, de 1944 à 1958, député socialiste de la Seine et surtout il occupe à 37 ans le ministère du Travail et de la Sécurité sociale dans le gouvernement de Léon Blum de 1946 à 1949. Il adopte une politique ferme à l’égard des grèves et voit une scission se former au sein du monde syndical entre la CGT et FO. Les années 50, sur fond de guerre d’Algérie, représentent pour Daniel Mayer un long divorce avec le Parti socialiste pour lequel il a consacré trente années de sa vie. Daniel Mayer ne peut se résoudre à soutenir la politique mené contre les algériens par Guy Mollet et en particulier la pratique de la torture. Il est de plus en plus minoritaire et marginalisé au sein de la SFIO et finit par se retirer vers le poste de président de la Ligue des droits de l’Homme en 1958, poste qu’il occupe jusqu’en 1974. C’est depuis cette position qu’il refuse le retour au pouvoir du général de Gaulle ainsi que le projet de Ve République, synonyme de renforcement de l’exécutif. Après avoir participé à l’unification du Parti socialiste autonome puis unifié (PSA puis PSU), il soutient finalement le Parti socialiste, soit le PS, nouvellement crée en 1970. Il sera toujours soutient de François Mitterrand lorsque celui-ci briguera la présidence en 1974 et 1981. Le président Mitterrand lui rendra la monnaie de sa pièce en nommant Daniel Mayer 4ème président du Conseil constitionnel français en 1983 (jusqu’en 1986). Il quitte le conseil en 1992, quatre ans avant sa mort le 29 décembre 1996. Il restera comme une « figure marquante du socialisme français » selon les mots de Lionel Jospin.

Chronologie de la vie de Daniel Mayer

·  1933 / 1939 : Rédacteur puis chef de la rubrique sociale au « Populaire »

·  1941 : Secrétaire du parti socialiste dans la clandestinité pour la zone libre

·  1941 / 1954 : Membre du comité directeur de la SFIO

·  1943 : Membre du Conseil national de la Résistance (représentant le parti socialiste)

·  1944 / 1946 : Secrétaire général de la SFIO

·  1946 / 1958 : Député de la Seine

·  1946 / 1949 : Ministre du Travail et de la Sécurité sociale (gouvernement Léon Blum) (cabinet Paul Ramadier) (cabinet Jean Schuman) (cabinet André Marie) (cabinet Jean Schuman) (cabinet Queuille)

·  1958 / 1975 : Président de la Ligue des Droits de l’homme (puis Président d’honneur)

·  1960 / 1967 : Membre du comité politique national du PSU

·  1983, 4 mars : Président du Conseil constitutionnel, nommé par le Président de la République, François Mitterrand

La pensée de Daniel Mayer : Un socialiste républicain « attaché [plus] à une lecture éthique du politique qu’à des références doctrinales » (M. Pradoux)

Daniel Mayer est depuis ses débuts en politique un homme d’action, de conviction personnelle, de valeur. Il n’est pas venu vers la gauche par la doctrine, par les idées ou la lecture des grands textes de Marx ou Berstein, mais par des valeurs transmises dans son éducation. C’est avant tout une logique morale et éthique qu’il met en avant pour se positionner et pour adhérer au socialisme et non une véritable pensée construite sur des références communes, son engagement pour la Ligue des droits de l’Homme en témoigne. Il suit dès lors le modèle de Jean Jaurès et surtout de Léon Blum, véritable fascination. Il est profondément pacifiste lors de la guerre d’Algérie mais non défaitiste. En cela dans un profond esprit patriotique, il est belliciste lors de la montée du nazisme et sait qu’il faudra se battre contre ces nouveaux ennemis totalitaristes. Il est loin des idées communistes et reste profondément républicain attaché au parlementarisme marquée de la IVe République et éloigné du régime semi-présidentiel de la Ve même s’il épouse les institutions de celle-ci en entrant au conseil des « Sages ». Il défend le socialisme jusqu’à la fin de sa vie, il dit ainsi à la fin de ses jours en 1996 :

«Après la chute du mur de Berlin, le Parti socialiste devait reprendre à son compte l’espérance ouvrière jusque-là incarnée par le Parti communiste.».

Daniel Mayer

Principales œuvres

  • Étapes yougoslaves, Éd. de Minuit, 1962 : Dans ce petit livre, Daniel Mayer nous parle de la Yougoslavie, un pays ayant connu une révolution communiste durant la Seconde Guerre mondiale puis une révolution nationale contre la tutelle de Moscou en 1948, une histoire mouvementé lié directement au socialisme.  
  • Les socialistes dans la Résistance, PUF, 1968 : ce livre à l’avantage d’être écrit par le secrétaire général du parti socialiste clandestin, donc c’est un témoignage intéressant qui s’ajoute aux nombreux témoignages de résistant mais qui axe l’histoire précisément sur le socialisme résistant de 1940 à 1944.
  • Les Juifs en Union Soviétique et les droits de l’Homme, Bibliothèque juive contemporaine, 1969 : L’origine juive de Daniel Mayer et surtout son énergie à défendre les droits de l’homme le pousse à se questionner sur la condition des juifs en URSS. Il a bien entendu été marqué profondément par la shoah et ses intentions pour défendre les droits de l’homme sont sorties renforcées de cette terrible guerre.
  • Pour une histoire de la gauche, Plon, 1969 : Daniel Mayer dresse dans ce livre une histoire de la gauche à travers des grands personnages tels que Louise Michel, Léon Gambetta mais aussi François Mitterrand alors pas encore président de la République.
  • Socialisme : le droit de l’homme au bonheur, Flammarion, 1976 : Daniel Mayer défend dans ce livre l’idée suivante : le socialisme est la meilleure alternative pour accéder à l’ultime objectif du bonheur des hommes. Et ce dans tous les grands traits de l’histoire, du combat contre l’esclavage, à la défense des ouvriers dans ces Etats modernes où la technique a de plus en plus de place. Comme il est dit dans la quatrième de couverture : « le socialisme seul peut donner une réalité au droit de l’homme ». On retrouve bien ici la double voie prise par Mayer, à savoir la défense des droits de l’homme et le socialisme.

Document textuel

Ce texte témoigne des prémisses de nombreuses perturbations que va connaître le monde socialiste français à la suite de la Libération de 1944. Nous sommes en novembre et déjà Daniel Mayer souligne dans ce discours tenu dans la capitale parisienne que tous les socialistes n’ont pas eu le même comportement à l’égard des évènements survenus entre 1939 et 1941 et plus généralement sous le régime de Vichy. Il est alors le secrétaire général de la SFIO et peut se targuer d’avoir été un résistant de la première heure. Les premiers visés sont les bourgeois qui ont préférer dit-il privilégier leur intérêt de classe à l’intérêt national dans un pseudo-pacifisme qui a plus l’allure d’un défaitisme émanant d’une « peur individuelle et personnelle ». Daniel Mayer n’est pas non plus tendre avec les communistes dont il note leur retard dans la résistance du fait d’un patriotisme absent ou du moins d’un soutien marquée à Staline qui a alors conclu un pacte germano-soviétique, mais il n’oublie pas cependant leur « acte de patriotisme glorieux » après 1941 soit après l’opération Barbarossa et l’attentat de Pierre Georges à l’été 1941. Cette mémoire de la résistance et à fortiori des trahisons découle par la suite dans la parole de Daniel Mayer sur une « légitimité résistante » au sein du parti socialiste qui sera un leitmotiv dans la communication de Mayer durant son mandat de secrétaire général de la SFIO. Il ira même jusqu’à proposer une hiérarchie en fonction de l’année et le mois d’entrer dans la résistance.

Document iconographique

Daniel Mayer et Léon Blum lors du congrès de la SFIO, le 3 décembre 1946
© Rue des Archives/AGIP

On retrouve dans cette photographie ce qu’a été Daniel Mayer pendant une grande partie de sa vie, un homme de l’ombre, un bras droit, peu connu de la population. La grande taille de Léon Blum à ses côtés et sa petitesse représente bien cela, on voit un Daniel Mayer élève à côté de son maître qu’il admira durant toute sa carrière politique. Daniel Mayer fait partie de ses hommes politiques dont les convictions dépassent la volonté de gloire, il ne cherche pas la lumière mais plutôt veut défendre une vision, un comportement lui venant peut être d’une enfance pauvre loin des grandes écoles prônant la compétition politique, mais surtout de ces années noires de 1940 à 1944.

Bibliographie

  • https://maitron.fr/spip.php?article50266 ; notice MAYER Daniel, Raphaël par Martine Pradoux, version mise en ligne le 17 mai 2009, dernière modification le 9 octobre 2018.
  • Charles-Louis FOULON, « MAYER DANIEL (1909-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 8 mars 2020. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/daniel-mayer/
  • Laurent JOFFRIN, Daniel Mayer En son miroir, Libération, 30 août 2018
  • Martine PRADOUX, Daniel Mayer, un jeune socialiste dans la résistance, 2002

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