Les révoltes populaires en Angleterre et en Espagne au XVIIe siècle (2/3) : Le déroulement d’une révolte

Des révoltes urbaines et rurales ?

Il est incontestable que l’Espagne a été plus touchée par les révoltes populaires que l’Angleterre. Et précisément une différence entre ces deux nations est à noter. Effectivement nous relevons en Angleterre surtout des révoltes paysannes tandis que l’Espagne connait d’importantes émeutes dans ses grandes villes. Parlons tout d’abord de la péninsule ibérique. L’Andalousie connait entre 1648 et 1652 des émeutes dans les villes de Cordoue, de Séville, de Grenade et dans quelques autres villes de taille plus petite. Cette vague d’émeutes commence à Grenade avec un modèle qui se répète ensuite dans les autres villes. C’est-à-dire les habitants descendent dans les rues pour protester contre la cherté du pain, la révolte prend ensuite de l’ampleur. La réponse des autorités ne peut empêcher la montée d’autres révoltes urbaines jusqu’en 1652. Evidemment la grande concentration d’habitants permet aux mouvements contestataires urbains de prendre de l’ampleur ce qui est plus compliqué dans les campagnes mais pas impossible. En effet, en 1688-1689, la Catalogne connait un vaste mouvement paysan rappelant la révolte catalane de 1640. Selon certaines sources, ce sont 18000 paysans qui traversent la campagne et se rendent devant les murailles de Barcelone pour protester contre la hausse des prix et contre le logement des troupes. L’année d’après c’est contre ces même troupes à la suite du début de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, que les paysans se battent. Donc il n’y a pas une exclusivité des révoltes urbaines même si elles sont plus fréquentes que les révoltes rurales. Toujours dans le dernier quart du XVIe siècle, nous avons la révolte au sein du Royaume de Valence en 1693, une révolte antiseigneuriale de la part des paysans soutenue par le clergé paroissial local. En Angleterre, la situation est bien plus calme. Les troubles qu’ils soient urbains ou ruraux restent rares avec seulement quelques révoltes frumentaires en villes et quasiment pas de révoltes antiseigneuriales. La campagne est forte de tribunaux capables de régler les litiges et les mécontentements et l’émeute et la violence viennent vraiment en derniers recours. La forte mobilité de la population rurale ne permet pas à des luttes de se cristalliser. Le seul véritable problème des campagnes anglaises réside dans le système des enclosures. 220 conflits violents sont comptabilisés entre 1553 et 1625 et la révolte des Midlands en 1607 en est le plus grand témoignage. Plusieurs milliers de paysans, les Levellers, se soulèvent contre les clôtures construites notamment par le seigneur Thomas Thresham. Les évènements tournent rapidement à l’affrontement entre les paysans pauvres soit les Levellers et les paysans aisés soutenus par la gentry locale. Le conflit fait quarante morts et est suivi d’une répression violente avec plusieurs pendaisons. D’autres conflits de cette sorte ont lieu dans les campagnes anglaises toujours avec une dimension de conflit social entre une gentry possédante et des paysans pauvres, c’est le cas dans les marais du Lincolnshire avec les programmes d’assèchements ou les forêts de West Riding. En somme, les révoltes populaires, que ce soit en Espagne ou en Angleterre surviennent en ville comme à la campagne avec des échelles et des récurrences différentes.

Des tensions politiques dont émane des troubles populaires

L’intérêt ici est de démontrer que les tensions politiques sont intrinsèquement liées aux troubles populaires. Dans la mesure où la plupart des mécontentements populaires du XVIIème siècle ont trouvé leur source dans la sphère politique. Dans la continuité de cette réflexion nous allons nous pencher sur ces insurrections nobiliaires à fortes consonances sociales. En effet le XVIIème est à l’origine en Espagne comme en Angleterre d’une pléthore de conflits qui remplissent ces caractéristiques. Le vaste soulèvement catalan de 1640 en est un bon exemple. Ce n’est pas la première fois que l’on note des dissensions politiques entre la noblesse catalane et la monarchie. Effectivement tout au long du siècle une crainte d’une « castillanisation » de la province se fait sentir et pour s’y substituer le peuple et la noblesse catalane fomentent des troubles. De plus ce n’est pas la seule région qui met à mal la couronne espagnole puisqu’en même temps en 1641 à lieu la conspiration d’Ayamonte et du Duc de Medina Sidonia qui aurait eu pour but de provoquer la sécession de l’Andalousie avec l’Espagne. Cette dernière avorta mais il est ici important de l’évoquer puisqu’elle doit son échec à son manque d’assise populaire notamment du peuple de Séville et de Jerez de la Frontera qu’elle avait la prétention de rallier à sa cause. Pour la société Anglaise la plupart des insurrections sont liées à des questions politiques et religieuses tout au long du siècle. Pour l’expliquer nous avons à notre portée plusieurs exemples. La guerre civile de 1642-1646 et 1647-1648 est ancrée dans un cadre pleinement politique avec une opposition entre le roi et le parlement pourtant  celle-ci voit un déchainement de la violence populaire comme le montre le phénomène des Clubmen. A la fin du siècle la crise de l’Exclusion de 1679 à 1681 et la rébellion de Monmouth de 1685 mets en évidence des troubles populaires dû à des divergences religieuses. Ces deux évènements à la fin de notre période concernent Jacques II d’Angleterre, le premier est dû à un projet de loi inabouti qui voulait l’exclure de la succession en raison de sa foi catholique et le second vise à le renverser pour placer un roi non « papiste » sur le trône. Cette rébellion implique bon nombres de sujets du royaume notamment parmi les masses populaires. Cette rébellion s’achève à la bataille de Sedgemoor le 6 juillet 1685 avec la défaite des partisans de Monmouth et l’exécution pour trahison de ce dernier.

Le déroulement d’une révolte (rumeurs, attroupement, violence, …)

Au début, il y a souvent une tension palpable au sein d’une communauté de par le contexte économique, fiscal ou autre. C’est alors souvent une rumeur ou le moindre prétexte qui peut être les déclencheurs d’un mécontentement plus grand qui se transforme physiquement en un attroupement de quelques dizaines de contestataires. Dans le cadre de la ville, ces mécontents marchent dans les rues, gagnent en nombre au passage des habitations et se rassemblent dans des points stratégiques comme la place du marché où ils peuvent gagner en visibilité et où souvent leur contestation est en rapport direct avec les préoccupations des marchands. Le rôle des femmes n’est pas à négliger. Ces dernières ont la légitimité de devoir nourrir leur fils donc elles se prêtent parfois à des vols de nourriture. Les émeutiers se retrouvent aussi devant des lieux symboliques comme l’hôtel de ville ou le tribunal. Dans les campagnes, c’est à peu près identique, les paysans munis d’armes sous formes d’outils agricoles, se rassemblent au centre du village et ameutent parfois les villages alentours pour soulever toute une région. Cependant en Angleterre, les campagnes restent assez calmes de par le fait que les affaires se règlent majoritairement devant le tribunal manorial ou royal. A ce moment-là il n’y a pas encore de violence ou du moins seulement quelques simples dégradations matérielles. Par ailleurs les revendications des émeutiers peuvent se retrouver par écrit. La situation peut encore être gérée par les autorités locales (gouverneur, officiers royaux, évêque …) si tenté qu’elles en aient les arguments politiques par des décisions rapides en faveur des mécontents ou si tenté qu’elles en aient les moyens de contrôle et de répression. Mais parfois les autorités locales sont favorables aux mécontents et en grossissent même les rangs jusqu’à prendre la tête de la contestation. A contrario, elles peuvent en être les premières victimes et accusées. Les premières violences surviennent alors rapidement et on passe alors dans une phase d’émeutes où les émeutiers s’en prennent aux registres des taxes en les brulant, volent le grain et le pain, brûlent les papiers administratifs et fiscaux. En Angleterre, les paysans révoltés contre les enclosures cassent les clôtures, « symbole tangible de l’oppression du propriétaire terrien » (J. Broad). Mais on compte aussi des victimes humaines. Les émeutiers s’en prennent directement au boulanger qui achète les grains, aux officiers, aux agents de l’impôt. Et cette violence physique peut parfois être extrême. Les historiens ont cas de lynchages, de meurtres, de séquestrations avec demande de rançon. Parfois de véritable bande de paysan se créer notamment en campagne et permettent à la lutte de tenir quelques temps. La répression prend cependant souvent le dessus et ont lieu alors des « arrestations, des jugements, des pendaisons, des stationnements de troupes, des amendes collectives » (J. Broad, Les sociétés au XVIIe siècle).

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