Saint-Simon (3/3) : le saint-simonisme de 1825 à 1870

« Saint-Simon n’aurait sans doute pas été saint-simonien » nous dit Pierre Musso pour souligner le caractère très parcellaire de ce mouvement. En effet les multiples réinventions ou revisites des disciples du philosophe français ont débouché sur beaucoup de voix différentes mais qui se rejoignent dans une même action de diffusion de la pensée du maître. Nous reprendrons dans cette partie le découpage chronologique du mouvement saint-simonien auquel s’est attelé Pierre Musso.

La diffusion de la doctrine par les disciples après la mort du maître (1825-1831)

A la mort de Saint-Simon en 1825, le jour de son enterrement au Père-Lachaise naît le mouvement saint simonien autour de figures comme Olinde Rodrigues (dernier assistant du philosophe) ou encore l’avocat Duvergier. Un premier journal est alors fondé Le Producteur qui réunit autour de lui des hommes d’horizon professionnel différent comme le polytechnicien Prosper Enfantin mais aussi l’un des cofondateurs de la Charbonnerie française, Saint Amand Bazard. Dans ce journal qui par les difficultés ne va durer qu’une petite année, l’idée d’association universelle va être développée par la « combinaison de réseaux matériel de transport et de réseau immatériel de crédit » (P. Musso). A la suite de la fermeture du journal, les saints simoniens vont par l’échange des idées ouvrir une période de réflexion. Ils vont continuer leur travail de propagande notamment auprès des élèves de Polytechnique tel que Michel Chevalier, une future figure du mouvement. De cette propagande à travers des conférences ressort une pensée qui s’éloigne de plus en plus de celle du maître.

C’est une pensée axée beaucoup plus sur la religion et qui débouche en 1829 sur la création d’une Eglise Saint Simon avec « deux pères suprêmes », Bazard et Enfantin. Ce nouveau clergé de cette religion nouvelle se réunit à l’hôtel de Gesvres à Paris. On peut parler presque de secte avec le nouveau Christ en la personne de Saint Simon. La grande majorité des membres sont des polytechniciens et pour que les idées atteignent le peuple, des missions et des enseignements sont développés dans les arrondissements parisiens mais aussi en province. La communication continue à travers le journal L’Organisateur avec pour mot d’ordre :

« A chacun selon sa capacité, à chaque capacité, selon ses œuvres. ».

Ensuite le journal Le Globe est repris par des saints simoniens et dirigé par un certain Michel Chevalier. Il est tiré à 2500 exemplaires.

Bazard et Enfantin prennent des chemins différents

Bazard et Enfantin se rejoignent sur le passage du « dogme » au « culte », c’est-à-dire le passage à la pratique où comme ils le disent à la « partie temporelle, le culte c’est la pratique ». Mais les deux hommes se divisent sur la question de l’affranchissement des femmes défendu par Enfantin mais pas par Bazard. Ce dernier quitte la secte en 1831 suivi par quelques saints simoniens dont Rodrigues quelques mois plus tard.

Enfantin et Chevalier se coordonnent alors pour faire perdurer la secte. Le premier s’occupe du travail symbolique et le second définit les travaux pratiques notamment dans le célèbre article sur le Système de la Méditerranée. Cette mise en forme pratique du dogme consiste encore et toujours à la mise en place de réseau permettant de « réduire les distances non seulement d’un point à un autre, mais également d’une classe à une autre » comme le dit Michel Chevalier. Dans ce que l’on appelle le Schisme entre Enfantin et Bazard, certains y ont vu l’exclusion des communistes du mouvement par Enfantin « au nom de la femme » (Gustave d’Eichthal). Comme le dit Pierre Musso, « il fallait trancher entre la lutte sociale ou la construction de réseaux techniques, le communisme ou la communication ». Bazard prend la première voie, Enfantin la deuxième.

Avec les difficultés financières et les problèmes judiciaires qui s’y ajoutent, Enfantin se retire à Ménilmontant avec 40 de ses disciples mais finit par être emprisonné avec Chevalier en décembre 1832 quelques mois après la mort de Bazard. Les autorités ont ainsi réussi à disperser le mouvement.

Le saint simonisme jusqu’en 1870 : la phase pratique

Enfantin et Chevalier à leur sortie de prison tentent de perpétuer de manière pratique le mouvement du saint simonisme. Le premier part ainsi pour l’Egypte dans le but de percer le canal de Suez pour préparer la « grande communion » entre l’Orient et l’Occident. Enfantin n’arrive pas à convaincre la Pacha qui donnera la concession du canal quelques années plus tard en 1854 à Ferdinand de Lesseps. Enfantin continue sur le territoire français des projets de chemin de fer. Chevalier quant à lui voyage aux Etats Unis pour étudier l’industrie américaine et lorsqu’il rentre en France il s’associe à de multiples projets de voies ferrés avec notamment les frères Pereire.

Pour ce qui est de la gauche saint simonienne, l’orientation vers le socialisme se réalise sous la houlette de Buchez notamment avec son catholicisme social. Elle retrouve de la vigueur lors des évènements de 1848 et de la naissance de la Seconde République. Mais l’arrivée de Napoléon III au pouvoir voit l’apogée de la droite technocratique saint simonienne. Les saints simoniens occupent alors les ministères et les postes de conseillers de l’Empire et contribuent grandement à la « grande modernisation économique » (P. Musso).

Saint-Simon, l’un des intellectuels les plus influents du XIXe siècle

En conclusion nous pouvons dire que Saint Simon a été l’un des intellectuels les plus influents du XIXe siècle. Cet enfant des Lumières est entré de pleins pieds dans le XIXe siècle, siècle de la Révolution Industrielle et du progrès social et démocratique. Ces idées se sont déversées sur beaucoup d’autres mouvements tel que le marxisme jusqu’à même influencé la politique du XXe siècle. Outre le caractère lunaire du saint-simonisme et de sa secte, c’est surtout dans la pratique que ce mouvement mené par les disciples de Saint-Simon a permis d’accentuer la modernisation sous le Second Empire avec de grands industriels et financiers comme les frères Pereire. Mais Saint Simon n’est pas le seul à avoir imaginé des sociétés nouvelles, et on pense notamment à Charles Fourier et à son phalanstère, un autre « socialisme utopique » qui pourra faire aussi dans le futur l’objet d’un article.

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