Saint-Simon (2/3) : sa pensée politique

« La philosophie du siècle dernier a été révolutionnaire ; celle du XIXe siècle doit être organisatrice. »

Saint-Simon

Une première ébauche de sa pensée dans Les Lettres d’un habitant de Genève à ces contemporains : « un savoir au pouvoir »

St Simon développe une utopie basée sur le prolongement des Lumières du XVIIIe siècle dans leur possible réussite politique, les idées philosophiques devant désormais être appliquées. En quelque sorte, il imagine une France où les gouvernants sont de simples intermédiaires entre les gouvernés et le savoir représenté par les grands intellectuels. Ces derniers sont pour St Simon de véritable « élu de l’humanité » à l’image d’Isaac Newton qui est adulé par St Simon via une souscription sur la tombe du scientifique anglais.

C’est plus sérieusement sur une critique des académies qui ont émergé sous le despotique Richelieu que St Simon s’appuie pour étayer son utopie. Pour lui les académies ont justement été conçues pour permettre au pouvoir par l’intermédiaire du savoir de contrôler l’opinion publique. C’est donc une institutionnalisation du savoir au profit des gouvernants. St Simon pousse même la critique plus loin en comparant l’intellectuel-académicien à un esclave aux ordres du pouvoir politique.

Il met ainsi « le savoir au pouvoir » comme le souligne Pierre Musso dans une perpétuelle apologie du génie, ce terme désignant à l’époque les ingénieurs mais aussi les scientifiques en général.

Le philosophe refuse à la fois le désordre excessif mais aussi l’ordre symbolisé par le despotisme. Il voit la société comme l’ensemble de trois classes sociales, à savoir les génies, les gouvernants et les gouvernés. De ses classes peut naître des associations influant sur le régime en place. Ainsi si le savoir et le gouvernant s’allient, c’est le despotisme à travers les académies, si ce sont les gouvernés et le savoir, c’est l’anarchie par absence de gouvernement. St Simon lui rêve d’une alliance entre gouvernants et gouvernés dans la contemplation d’un savoir et de savant au sommet de la société.

Saint Simon évolue vers l’industrialisme : « Tout par l’industrie, tout pour elle. »

Saint Simon souhaite par la suite aux alentours de 1814 créé « la science politique » de manière à assimiler les constituantes de l’action politique et atteindre l’objectif fixé, le passage d’un système social à un autre. Il pense son système dans un référentiel européen dans son ouvrage De la Réorganisation de la société européenne.

Avec la publication de L’Industrie, Saint Simon entre dans une pensée plus réaliste. Les trois classes qu’ il avait retenu lors de ses premiers écrits à savoir les savants, les gouvernants et les gouvernés sont remplacées respectivement par les écrivains politiques, les producteurs et les non-producteurs. De la même façon, là où la politique était le centre de la pensée du philosophe, c’est désormais l’économie qui prend la place principale. Saint Simon dit « La politique est donc pour me résumer en deux mots la science de la production ».

Plus intéressant encore, Saint Simon dans les années 1816-1823 s’attèle à rendre active la classe industrielle autrement dit la classe des travailleurs (producteur et non-producteur) qui selon lui germe dans la société mais ne prend pas de poids politique. C’est ici précisément que se situe la transition d’un système féodal à un système industriel. Saint Simon veut garder la figure du roi tout en changeant sa signification. Le roi est un outil pour légitimer la transition des deux systèmes. Malgré toute la complexité apparente de cette transition, Saint Simon voit dans une majorité d’industriels à la Chambre des députés durant la Restauration un moyen simple et imparable pour effectuer cette transition. C’est en effet par le vote du budget, que les « abeilles peuvent se débarrasser des frelons », en cela que l’argent (le miel) produit par les producteurs (les abeilles) revient aux producteurs et non aux gouvernements (les frelons).

Dans son ouvrage L’Organisateur, Saint Simon tente de montrer que la politique est inversée entre les gouvernants (nobles) et les gouvernés (industriels). Il montre dans La Parabole que les nobles ne sont pas indispensables à la société et que « l’Etat n’est pas là où on le voit » (P. Musso). Et pour cela il prend l’exemple de la Révolution française en montrant que la disparition de toute l’élite nobiliaire n’a fait « aucun mal politique à l’Etat ». Au contraire il voit dans les artisans, cultivateurs et producteurs en général « la fleur de la société » et sans eux « la nation deviendrait un corps sans âme ». Le problème selon Saint Simon est que la Révolution n’a fait que remplacer des hommes mais non les principes d’Ancien Régime. C’est sur ce point que se situe le combat du philosophe, sur le changement des principes et donc des institutions.

Dans son  ouvrage Du Système industriel, Saint Simon détaille les formes que peuvent prendre la transition des systèmes féodal et industriel tels qu’une alliance entre le roi et les industriels ou la création d’un parti industriel mais aussi plus intéressant une dictature de transition, préfiguration de la « dictature du prolétariat » de Marx. Dans cet ouvrage est aussi traité le thème de la communication politique. Devenu l’une de ses obsessions, la diffusion de sa pensée peut être réalisée par des slogans, des images et une presse quotidienne dans laquelle apparaît un discours rationnel.

Le Nouveau Christianisme : création d’un nouveau fondement moral de la société

Saint Simon même s’il traite de la question religieuse tout au long de son œuvre marque une inflexion vers celle-ci à partir de 1824 et jusqu’à sa mort l’année d’après avec notamment son grand ouvrage, véritable bible pour l’Ecole saint-simonienne, Le Nouveau Christianisme. Cet ouvrage est notamment une réponse à l’ancien secrétaire de Saint Simon, Auguste Comte qui dans son positivisme naissant ne traite que de science et non de « la partie sentimentale et religieuse » comme le dit Saint Simon. Par ailleurs comme le souligne Pierre Musso, Saint Simon pense que « la société ne peut se limiter à une communauté d’intérêts, la condition de sa réussite est de partager un but commun et une doctrine commune ». Il veut faire tendre la société vers une « religion rationnelle et laïcisée » (P. Musso). Les savants deviennent ainsi le clergé de ce « nouveau christianisme ».

Saint Simon veut ainsi « sacraliser sa matrice de la transition sociale » (P. Musso) pour légitimer et crédibiliser celle-ci auprès des masses des industriels-ouvriers. Pour cela, il passe par une destruction du système catholique y compris du clergé pour revenir à la parole divine originelle lavée de toutes les perversions de l’Eglise. Il dit dans ce sens croire en Dieu et croire en l’amour du prochain vu comme un frère pour retrouver un système d’association et non de domination comme c’est le cas avec la hiérarchie cléricale.

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