Condorcet, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain

L’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain est publiée en 1795 après la mort de Condorcet en édition posthume. C’est une oeuvre profondément optimiste dans la mesure où Condorcet, représentant des Lumières, croit en une perfectibilité infinie de l’homme. Il s’attachera notamment à le montrer en retraçant historiquement les progrès humains et l’amélioration et le développement de leurs arts (culture, langage, écriture, politique, morale…). Cependant, si les progrès humains avancent “ad infinitum”, il n’en reste pas moins qu’ils peuvent être suspendus voire rétrograder. L’avancement des Lumières ne garanti pas pour autant la fin définitive de l’ignorance. L’extrait qui nous intéresse constitue l’avant-propos, l’introduction de l’oeuvre de Condorcet. Il s’attache donc ici à nous donner les lignes directrices de l’oeuvre qu’il développera en dix chapitres qui constituent dix époques, dont la dernière est dédiée aux progrès futurs de l’esprit humain.  

Condorcet montre en premier lieu que l’homme possède un certain nombre de facultés qui lui permettent d’être en relation avec le monde et de le comprendre. Ces facultés témoignent de la raison, de l’entendement humain. Condorcet distinguent trois choses qui permettent à l’homme de développer ses facultés : “l’action des choses extérieures”, la “communication avec des individus semblables à lui” et des “moyens artificiels” que l’homme a inventé. C’est grâce à cela que l’homme est en capacité de développer ses arts. 

L’homme a un rôle actif, il est en mesure de faire usage de ses facultés de manière à se modifier (perfectibilité de l’homme). Il peut par exemple transformer ses sensations momentanées en sentiments durables. Nous pourrions penser que la perfectibilité humaine a un caractère métaphysique, mais Condorcet considère qu’il faut plutôt présenter le “tableau des progrès de l’esprit humain” et procéder ainsi de manière historique. 

Le but de Condorcet naît de l’inquiétude d’une potentielle régression des lumières de l’homme. Son objectif est, si ce n’est de fonder une science pour prévoir les progrès humains, du moins de faire l’histoire des progrès humains de manière à les rendre perpétuels et de savoir comment les accélérer toujours davantage. Pour Condorcet, “la nature n’a marquée aucun terme au perfectionnement des facultés humaines”. Tant que les lois générales de l’univers persisteront, les facultés de l’homme progresseront. 

Différents états de civilisation ont pu être observés au cours du temps, ou du moins peuvent être conjecturés pour en manifester l’évolution globale. Condorcet parle “d’époques” et organisera son oeuvre en fonction de ces époques. La chasse et la pêche sont caractéristiques de la première époque. Condorcet parle “d’art grossier”, “d’usages généraux” et de “forme grossière de gouvernement”. Nous sommes aux prémisses du développement des facultés humaines. C’est une période où les progrès sont très lents et les hommes loins les uns des autres. Ensuite vient un temps où les hommes dominent, maîtrisent davantage la nature, commencent à cultiver la terre, à domestiquer les animaux et à faire des provisions. La propriété de l’homme s’élargit, passe de la simple bête tuée à son troupeau puis à son morceau de terre. Succède à cela la transmission des biens et l’apparition du superflu. 

Propriété, échanges, sécurité, loisir, méditation, industrie sont des arts qui se développent et se perfectionnent à mesure que les progrès de l’esprit humain avancent vers leur perfection. La vie devient plus douce, de nouveaux besoins apparaissent et les progrès s’accélèrent en parallèle de l’accroissement de la population.  Le perfectionnement n’est pas uniquement individuel mais s’étend à la société. 

Les besoins de communication entraînent les hommes à fonder un langage et une écriture plus signifiants : désormais, “un petit nombre de signes suffit pour tout écrire, comme un petit nombre de sons suffisait pour tout dire”. C’est l’écriture alphabétique qui selon Condorcet “assura pour jamais les progrès de l’espèce humaine”. Les peuples d’avant l’écriture alphabétique font de nouveaux progrès mais sont sujets à une potentielle régression de leurs lumières. 

Certaines erreurs font régresser l’homme dans des états antérieurs de connaissance voire d’ignorance. C’est le cas notamment des préjugés qui cependant font partie intégrante du processus de perfectionnement des arts et du progrès de l’esprit humain. Le problème réside dans leur résistance, leur conservation à travers les siècles, même une fois jetée sur eux la lumière qui les discrédite. 

L’observation des sociétés à travers les époques semblent pertinente et conduire à des conclusions utiles pour l’avenir des progrès humains. Car nous ne sommes pas dispensés de “nouvelles erreurs ni [du] retour [aux] anciennes”. C’est ainsi que Condorcet s’attachera à parcourir les différentes époques propres à différents stades du progrès humain afin d’esquisser un tableau historique des progrès de l’esprit humain et de surmonter plus aisément les obstacles qui surviendront à l’avenir. 

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