Buffon, Histoire naturelle de l’homme

Nous allons aujourd’hui nous intéresser à l’oeuvre majeure de Buffon, c’est-à-dire à son Histoire naturelle, véritable encyclopédie, composée de 36 volumes, encyclopédie comparable à celle de Diderot à la même époque. L’extrait sur lequel nous allons nous pencher fait partie du volume s’intitulant De la nature de l’Homme, publié en 1749. C’est le troisième volume de la collection. Pour nous situer un peu, rappelons que Buffon est un philosophie et biologiste du XVIIIe siècle. Nous sommes un siècle après Descartes et un siècle avant Darwin. « Histoire naturelle » est l’emploi classique du terme moderne « Biologie ». Si nous nous permettons de reprendre les outils de Foucault de manière à situer davantage la pensée de Buffon, nous pourrions dire que ce dernier s’inscrit encore dans l’épistémè classique même si le siècle des Lumières opère une transition entre l’épistémè classique et l’épistémè moderne. Buffon s’attachera dans ce passage à démontrer que l’Homme est différent de l’Animal, non par degré mais par nature. Nous chercherons donc à comprendre dans quelle mesure l’homme se voit distingué et différencié du reste du règne animal par sa nature, là même où ses ressemblances d’avec l’animal sont multiples biologiquement. Il apparaît clairement que Buffon procède en deux temps. Le premier consiste à s’attacher à la nature de l’homme, que Buffon considère dualiste, avant de traiter de l’Animal en démontrant qu’il n’est qu’un automate sans esprit et donc différent de l’Homme par nature. 

Buffon entame sa réflexion en rappelant qu’il est possible que l’homme connaisse mieux ce qui l’entoure que lui-même, dans la mesure où nous cherchons à exister « hors de nous ». Notre être veut en quelque sorte se développer à l’extérieur de lui-même, s’accroître de manière extensive. Or nous omettons par là-même notre nature intérieure, « notre sens intérieur qui nous réduit à nos vraies dimensions et qui sépare de nous ce qui n’est pas nous ». Buffon s’attachera justement à ce « sens intérieur » dans la mesure où cela va lui permettre de dégager la nature de l’homme afin de le distinguer des animaux. Nos sensations corporelles, nos passions nous ont éloigné de ce sens intérieur et ont même lutté contre lui d’après Buffon. En cela, nous voyons déjà que ce sens intérieur est quelque peu différent de tout ce qui se rattache au corps et à ses propriétés. Et en effet, Buffon, dans la lignée de Descartes, a une vision dualiste de l’homme et considère qu’il est fait de deux substances. Et en partant de là son but va être de préciser la nature de ces deux substances. Il ne suffit pas pour lui de dire que l’une est immatérielle, inétendu et immortelle et que l’autre est tout le contrefaire de la première car dans ce cas il serait difficile de parvenir à une forme de connaissance mais plutôt de montrer que ces substances ont des propriétés différentes par leur nature. Par exemple, nous sommes certains, d’après Buffon, de l’existence de l’âme alors que nous sommes peu assuré de l’existence du corps dans la mesure où celui-ci est le lieu des sensations et que nos sensations peuvent nous tromper. Nous ne sommes pas certains de l’existence du monde tel que nous le percevons, en revanche nous sommes certains d’exister, de penser, c’est-à-dire d’avoir une âme qui pense. 

Il est intéressant de voir que pour Buffon la seule manière d’accéder à la connaissance est d’utiliser le moyen, l’outil qu’est la comparaison. Or l’âme n’est pas une substance comparable, on ne peut en avoir de connaissance qu’intérieure. Dieu ne peut être compris car il ne peut être comparé, et il en va de même de l’âme, qui est divine. Cependant nous avons une connaissance directe de notre âme, puisqu’être et penser ne font qu’un. Buffon parle de « vérité intime ». Nous ne pouvons donc pas douter de notre âme. Notre corps et tout ce qui nous est extérieur sont douteux dans la mesure où ils ne proviennent que d’un certain rapport d’avec nos sens. Ce sont nos sens qui nous informent de la matière car ils proviennent de nos organes et que nos organes sont faits de la même substance, sont de même nature que la matière. Notre sensation intérieure elle est toute autre, « la sensation ne ressemble en aucune façon à ce qui peut la causer », et cela suffit à prouver que l’âme est d’une nature différente de la matière. De plus, les qualités propres à la matière pourraient être bien différentes de ce qu’elles semblent être, ce qui permet d’affirmer encore davantage que nous pouvons douter de la matière mais non pas de l’âme. 

Ce qui disqualifie encore un peu plus la matière selon Buffon est que nous pouvons avoir des sensations même durant le sommeil, état où selon lui le corps n’use pas de ces sens. L’âme n’a pas besoin du corps pour éprouver des sensations ce qui fait que nous n’avons pas besoin de lui pour exister. En d’autres termes, Buffon a ici une vision platonicienne de l’âme, considérant, au contraire d’Aristote, que l’âme persiste après la mort du corps physique. Dire cela permet à Buffon de poser l’âme comme supérieure par nature au corps matériel, qui lui « peut être et ensuite n’être plus ». Et c’est à partir de cette conclusion, et en rappelant que l’homme est composé de ces deux substances, que Buffon démontrera que l’homme est différent de l’animal par nature, ce dernier n’étant composé que d’un corps matériel, « matière [qui] pourrait très bien n’être qu’un mode de notre âme ». 

Notre seule manière d’apercevoir l’âme est la pensée, forme générale et constante de l’âme. Puisque la pensée ne possède aucune qualité matérielle (elle n’est pas divisible, étendue ou impénétrable) et puisque c’est la seule forme que prend l’âme humaine alors il faut bien que cette dernière soit de même nature et qu’elle n’aie par conséquent rien de commun avec la matière. 

Buffon prend l’exemple d’hommes à qui il manque un sens : un aveugle auquel il manque la vue, un lépreux auquel il manque le toucher, un sourd auquel il manque l’ouï. Et bien sans posséder ces moyens de sensation, l’âme persiste tout de même alors que si nous ôtons les qualités propres de la matière cette dernière n’existerait plus. C’est ainsi qu’il montre que l’âme est impérissable là où la matière péri, ce qui constitue un facteur supplémentaire de la supériorité de l’âme sur le corps. 

De même, Buffon considère que l’âme « veut et commande » là où le corps « obéit tout autant qu’il le peut ». Tout résiste au corps, tout est un obstacle alors que l’âme pénètre toute chose, rien ne lui résiste, ce qui n’est pas une qualité de la matière. Il faut donc bien que l’âme soit immatérielle et que l’homme ne soit pas que matière. 

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