L'université ou la machine à diplômes (licence, master, doctorat)

Suite au boom démographique de l’an 2000, on enregistre une hausse de l’affluence des candidats au baccalauréat, et naturellement, des étudiants qui s’inscrivent en cycle universitaire. D’après le site du gouvernement, pour la rentrée 2018, ils étaient 1 672 300 étudiants inscrits à l’université, soit presque 2% de progression par rapport aux années précédentes ! Côté nouveaux entrants, sans compter les doubles inscriptions CPGE/Licence, on observe même une hausse de 7,1%, provoquée par l’afflux de nouveaux bacheliers. Si la tendance se poursuit de cette façon, le nombre d’étudiants pourrait atteindre 2,75 millions en 2022, et 2,80 millions en 2017 ! L’université a encore la cote auprès des étudiants, qui voient en elle le meilleur moyen d’obtenir leur diplôme, ce sacro-saint passeport pour l’emploi en France.

Le fonctionnement de l’université française

En France, les formations universitaires se comptent en semestres, d’environ 5 mois (une année compte ainsi 2 semestres, de septembre à janvier, et de février à juin) et crédités de 30 crédits (ECTS) chacun. L’obtention d’un diplôme se base sur la validation d’un certain nombre de crédits (180 pour une licence, soit 6 semestres, auxquels on ajoute 120 crédits pour un master), qui sont alloués à un enseignement en fonction de son importance dans le cursus et du travail personnel que celui-ci demande à l’étudiant.

Ces crédits peuvent également s’obtenir auprès d’établissements d’enseignement supérieur à l’étranger et sont également transférables d’un parcours à l’autre, sous réserve d’acceptation par l’équipe pédagogique, et pourvu que ce parcours reste cohérent.

La licence : la base de tout

L’enseignement du premier cycle à l’université peut parfois s’apparenter à du bachotage permanent. Il s’agit d’acquérir et de maîtriser des notions en un temps limité puis d’en faire la démonstration lors des examens, c’est pourquoi le travail personnel est primordial dans ce cycle d’études. Projeté dans un contexte radicalement différent du cycle scolaire pré-baccalauréat, l’étudiant se retrouve soudain livré à lui-même, avec la nécessité de travailler de manière autonome, alors qu’il était jusque là mené par la main au collège comme au lycée.

La licence, point d’entrée des étudiants à l’université, est un passage critique : un tiers des abandons de cursus aurait lieu en L1. Une mauvaise orientation en est une première cause, avec des inégalités entre les facs, mais très souvent, un manque de préparation, de méthode ou de motivation entraînera un retard, qui s’accumulera et se transformera en échec, puis en abandon de cette première année d’études. Pour éviter cela, de nombreuses méthodes viennent soutenir l’étudiant, parmi lesquelles le programme de cours adapté, le parrainage entre étudiants ou encore les cours particuliers.

La licence, une condition de base ?

En France, la licence universitaire en tant que telle est souvent posée comme condition de base pour postuler à une offre d’emploi. Mais aujourd’hui, les diplômes universitaires sont plus que jamais à mettre en relation avec les réalités du marché du travail : quel niveau est requis pour quel poste ? Le diplôme est-il une condition sine qua non d’accès à l’emploi ? Est-il nécessaire de passer par l’université ou bien la Validation d’Acquis par l’Expérience, la (VAE), peut-elle offrir une alternative à l’employé pour valider un niveau de compétences ?

Bien souvent, la licence sanctionnera simplement une base d’acquis théoriques, alors que l’employeur sera plutôt à la recherche d’une véritable expérience de terrain. Favoriser les stages et l’expérience pratique au cours de ses études est donc un plus certain, qui pourra fortement jouer pour un candidat à l’emploi.

Mais la licence n’est pas qu’un passeport pour l’emploi. Elle ouvre également l’accès aux cycles supérieurs, le master puis le doctorat, qui permettront au candidat d’accéder à des domaines de plus en plus spécifiques et à des postes de niveau supérieur.

Le master

Ce diplôme se prépare en 4 semestres, à l’issue de la validation de la licence 3, et correspond à l’obtention de 300 crédits, ECTS. Il sanctionne des parcours en formation initiale ou en formation continue et prépare soit au doctorat (pour ceux qui se destinent à la recherche), soit à une qualification destinant les candidats à une insertion professionnelle de haut niveau. Le master est généralement obtenu en 2 ans, mais il peut se prolonger sur 3 ans au besoin.

L’étudiant qui s’inscrit en master a passé avec succès ses 3 premières années de licence (ou encore, 1 à 2 années de CPGE et le reste à l’université) et sait désormais à quoi s’attendre. Si le taux d’échec au master est un peu moindre qu’en licence, et plutôt stable, toujours selon les chiffres du gouvernement, cela s’explique pour plusieurs raisons : le taux d’étudiants qui ont été mal orientés est en général plus faible, et la plupart des méthodes de travail propres aux cycles universitaires ont déjà été acquises. Le « tri » des premières années de fac a été efficace : il ne reste que les étudiants à peu près sûrs de leur orientation, qui ont su combiner travail personnel et réussite aux examens, et surmonté les différents écueils de l’enseignement en fac.

Dans la pratique, le master diffère du cycle de licence par la présence de stages pratiques (encadrés par un maître de stage et nécessitant l’écriture d’un rapport de stage), ainsi que l’élaboration d’un mémoire (ou de travaux personnels) soutenu par une présentation orale. C’est un premier pas vers la spécialisation : l’étudiant sort du cadre générique de ses études (contrairement à la licence) et commence à travailler un axe précis qui dessinera le domaine dans lequel il excellera.

L’insertion professionnelle du master

Mis en relation avec le marché de l’emploi, le master doit cependant rester en phase avec les tendances pour rester un atout pour le futur candidat. En effet, un master très spécialisé d’une école de pensée spécifique, dans un domaine galvaudé, voire pire, obsolète, peut fortement nuire à la crédibilité du candidat. Certains secteurs évoluent très vite, comme les nouvelles technologies, les sciences, le web, les jeux vidéos, le marketing, etc. c’est pourquoi une adéquation entre le master choisi, les enseignements reçus et les réalités du monde du travail s’avère cruciale. En effet, recevoir par exemple un enseignement sur un logiciel dédié et découvrir lors de sa recherche d’emploi que celui-ci a depuis été délaissé au profit d’un autre plus performant peut s’avérer une véritable perte de temps.

Même si les acquis théoriques et le bagage de compétences restent primordiaux, l’adaptabilité, la pratique et le degré d’autonomie du futur candidat au travail seront également examinés de près par le recruteur. N’oublions pas que celui-ci cherchera souvent un candidat capable d’être rapidement autonome sur son poste.

À l’issue du master, l’étudiant peut également choisir de poursuivre dans sa voie vers la recherche et de s’orienter vers un doctorat. Il devra alors choisir un maître de thèse en accord avec le sujet qu’il souhaite étudier.

Les doctorats

Le doctorat peut être réalisé à la fac ou dans un laboratoire de recherche, une école d’ingénieur ou même d’art, pourvu que ceux-ci soient liés à une université. Internationalement reconnu, c’est le plus haut niveau de diplôme reconnu en France. Il sanctionne en fait la soutenance d’une thèse devant un jury composé de spécialistes dans le domaine étudié.

Cette thèse sera élaborée par le candidat tout au long de sa période de préparation, qui peut durer de 3 à 6 ans, accompagnée par un directeur de thèse qu’il aura choisi et qui aura accepté de le prendre en charge, voire au sein d’une entreprise. Il existe également des écoles doctorales qui, en plus d’accompagner l’étudiant dans ses démarches administratives, peuvent proposer des formations complémentaires (méthodologie, communication, etc.).

Les sciences exactes

À temps plein dans un laboratoire de recherches, l’étudiant en doctorat est quotidiennement en contact avec la pratique réelle de son métier ainsi qu’avec des collègues du même domaine. C’est une véritable immersion dans la recherche, au cours de laquelle l’étudiant met en place des processus pour étayer sa thèse, suit les protocoles et analyse les résultats de ses travaux. Le travail en équipe est très important, que le candidat se destine à l’enseignement, à la recherche ou aux deux, mais le travail personnel reste primordial.

Les sciences sociales et humaines

Ce type de diplôme représente environ 34% des doctorats délivrés en France (20% en sciences humaines et 14% en sciences sociales). Bien souvent, l’étudiant en sciences humaines travaillera à domicile, de manière entièrement autonome. Le directeur de thèse et les ressources de l’université restent à sa disposition et il peut venir les consulter quand il le souhaite, mais la majeure partie de ses recherches se fera de manière personnelle.

La thèse

Tout au long de la préparation de son doctorat, l’étudiant sera amené à rédiger ou co-signer des articles scientifiques, participer à des colloques, des présentations, etc. qui pourront être intégrés à ses travaux personnels. En plus de son travail de recherche, d’activités expérimentales ou d’étude, il lui faudra en effet rédiger une thèse : ce document, d’au moins 200 pages, doit venir prouver l’acquisition et la maîtrise de certaines compétences (esprit de synthèse, connaissances bibliographiques, sens critique, etc.).

Une fois validée par des « rapporteurs », elle sera défendue à l’oral devant un jury composé de pairs, souvent en public, où elle sera analysée et débattue par le jury d’experts. Une fois validée, la thèse sera publiée par les presses de l’université et sur le site theses.fr. Il peut devenir enseignant-chercheur (maître de conférences), pour former de futurs doctorants par exemple, ou se consacrer à la recherche.

Les concours

Il existe plusieurs sortes de concours d’études supérieures : si certains sanctionnent une fin de cycle et conditionnent l’accès au cycle suivant, comme en médecine, d’autres sont une condition d’accès au cycle lui-même, comme dans les écoles para-médicales par exemple. Dans le deuxième cas, ces concours d’entrée servent en général de « tri » car les écoles sont soumises à un numerus clausus, ce qui limite leur nombre d’étudiants par année, et donc de diplômés. Une préparation très rigoureuse s’impose pour s’assurer d’être bien classé et d’obtenir l’accès au cycle souhaité !

Enfin, l’accès aux grandes écoles est souvent limité par un concours d’admission sévère (HEC, l’École des Mines, l’ENA, Polytechnique, etc.) qui demande souvent une inscription à l’université en parallèle. Ce type de concours exige en général une ou plusieurs années de préparation dans un cycle dédié.

À l’issue d’un master, l’étudiant qui souhaite se diriger vers l’enseignement en maternelle, primaire ou collège peut envisager de passer le concours de recrutement de professeur des écoles ou CAPES. Il s’agit d’un poste de la fonction publique, et qui obéit donc à des règles particulières (seul le recrutement externe nous intéresse dans ce cas précis) et se déroule en deux temps, l’admissibilité (composée en général d’une ou plusieurs épreuves écrites) et l’admission (en général une épreuve orale).

Pour enseigner aux CPGE, en lycée ou en fac, il faudra être professeur agrégé de l’enseignement supérieur : l’agrégation est un type de concours de niveau supérieur ouvert aux doctorants.

En France, l’université est une véritable machine à diplômes interdépendants, où chaque cycle conditionne l’accès à un autre ou l’admissibilité dans une grande école. Les études sont longues et les conditions d’accès à certaines écoles ou diplômes demandent l’obtention d’autres diplômes… On conviendra alors de l’importance primordiale d’une bonne orientation post-bac : à la base de tout, c’est la réussite du premier cycle universitaire qui va conditionner la suite. Si une partie des étudiants préfère s’insérer sur le marché du travail le plus rapidement possible, une autre partie poursuit sa voie dans les cycles supérieurs jusqu’à atteindre les plus hautes sphères de l’enseignement. Est-ce qu’il existe alors un risque de « tourner en vase clos », d’évoluer dans un monde parallèle qui s’éloigne des réalités du monde du travail en se repliant sur son milieu ? Peut-on dire que l’enseignement de niveau supérieur vise uniquement à former des enseignants de niveau supérieur ? Une solution pourrait être de conserver des liens tangibles avec le monde du travail, en partenariat avec des entreprises, par exemple.

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