Si les nouveaux nationalismes sont la principale cause d’une nouvelle guerre destructrice en 1939, un évènement qui a lieu dix ans plus tôt n’en n’est pas moins responsable. La crise économique de 1929 marque un échec cuisant du capitalisme et fait entrer le monde dans une ère de dépression qui ne fait qu’accentuer les nationalismes montants. Revenons de plus près sur ce Krach boursier et cette crise économique qui ébranla le monde dans les années 30.

la crise de 1929

Les causes de la crise

   Même si cette crise surprit les plus grands spécialistes contemporains, elle n’est pas le résultat d’un hasard. Il existe de multiples causes qui ne sont pas facile à discerner. C’est un débat de tout l’instant qui dure encore aujourd’hui entre des historiens, des économistes et des politiciens pour déterminer ces causes.

la controverse chez les théoriciens

   Les débats sont vigoureux notamment dans les années 70 et 80 entre d’un côté les libéraux et de l’autre les théoriciens pour la plupart marxistes (mais pas que). Les premiers défendent le système capitaliste en rejetant la faute sur les politiciens et les politiques mises en place lors de la crise comme le New Deal (voir l’article sur le New Deal) très critiqué par les libéraux reaganiens des années 80. Ils pointent du doigt un interventionnisme trop fort qui a empêché une relance de l’économie et du système capitaliste selon eux légitime. La politique peureuse du président Hoover est également critiquée.

   A l’inverse des libéraux, les marxistes portés par les idées d’Eugène Varga voit dans la crise un dysfonctionnement du système capitaliste libéral. D’autres voient dans le Gold Exchange Standard le véritable ennemi.

   Le véritable échec du capitalisme est peut-être à chercher dans l’incompatibilité entre une forte production basée sur les idées du XXe siècle et une faible consommation basée sur les pratiques du XIXe siècle.

la crise de 1929
Herbert Hoover

Hoover était loin d’être un mauvais politicien. C’était un technocrate très compétent notamment dans le poste de secrétaire du Commerce de 1921 à 1929. Mais il est vrai qu’au moment de son arrivée à la présidence il ne s’attend pas à recevoir dans ses mains une Amérique en crise mais plutôt l’inverse. Il n’a que peu de temps pour changer sa conception de la vie économique de son pays fondée depuis ses débuts en politique. Il est toujours dans cette idée de prospérité et ne voit pas que les Etats-Unis sont entrés dans une ère tragique de leur histoire, un coup d’arrêt à la croissance de ce pays depuis sa création en 1787 (voir l’article sur la naissance des Etats-Unis). Il remonte les douanes ce qui perturbe le commerce, il refuse de donner les pensions aux anciens combattants, il veut rassurer les banquiers mais sans succès. En d’autres termes, il n’est pas l’homme de la situation et est complétement battu aux élections de 1932 par un certain Roosevelt comme on va le voir.

quels responsables ?

   Serge Berstein et Pierre Milza retiennent trois principales responsabilités : une consommation qui ne réagit pas à la croissance de la production industrielle, un effort d’investissement d’après Première Guerre Mondiale fragile et une gestion américaine pas à la hauteur.

   Premièrement, les gens ne sont pas prêts à tant de consommation et à tant de facilité dans la « jouissance matérielle ». La population rurale héritée du XIXe siècle n’a pas cette habitude à la surconsommation qu’auront dans la deuxième moitié du XXe siècle les classes moyennes. Mais pour pouvoir consommer encore faut-il avoir un pouvoir d’achat ce qui n’est pas le cas de la population mondiale et notamment européenne dans les années 20. Les salaires sont bas et le fordisme n’a pas encouragé quelconques changements. La paysannerie reste pauvre. Le commerce international n’augmente pas parallèlement à la croissance de la production industrielle (13% contre 42%).

   Après la Grande Guerre, le temps est à l’effort d’investissement pour reconstruire une Europe ravagée économiquement. Après une première phase de reconstruction, vient la nécessité pour les entreprises de se doter de machines capables de s’adapter à la deuxième révolution industrielle, c’est une grande part des investissements et il y a une mise de côté des employés. En plus de cette oublie de la condition des emplois, c’est aussi un oubli des grandes entreprises anciennes portées sur le charbon et le textile encore très présentes. Cela participe un peu plus à l’affaiblissement de l’économie. Dès 1925, il y a une décroissance des investissements qui se porte alors vers d’autres chemins comme la spéculation boursière, phénomène qui sera l’une des principales causes du Krach boursier.

   La crise vient inéluctablement des Etats-Unis qui par leur politique ont eu une grande responsabilité dans le grossissement de la crise à l’échelle mondiale. Le problème principal réside dans le protectionnisme américain prudent quant à l’aide apportée à leur partenaire. Ainsi le commerce international est assez fermé par les américains qui sont à l’époque les premiers créanciers et les plus gros producteurs mondiaux. Ainsi les partenaires sont trop dépendants des Etats Unis et vont les suivre dans leur chute.

Une crise américaine

le krach boursier de wall street

   « La chute des cours la plus foudroyante de l’histoire de la Bourse a englouti hier le plus grand marché de valeurs du monde. ». Voici les mots du New York Times au lendemain du premier jour du Krach de Wall Street, le 24 octobre 1929, appelé « le Jeudi Noir ». Le 22 octobre, les premiers signes de crise se montrent avec de grosses ventes qui sont enregistrées et une baisse des cours de 10%. Les prix chutent à vitesse grand V le 24 octobre et 19 millions de titres sont offerts. Le 29, 30 millions de titre sont vendus, c’est le « Mardi Noir ». Les banques sont touchées ainsi que de nombreuses entreprises. En 1929, 659 banques s’écroulent, 1352 en 1930, 2294 en 1931. C’est en tout 2 milliards de dollars qui partent en fumé pour les banques.

   Ce Krach surprend tout le monde hormis quelques pessimistes. John Raskob, président du parti démocrate et patron de Général Motors enseigne aux gens, à la veille de la crise, comment devenir riche en économisant. Même lors de la crise, le président Hoover reste optimiste quant à l’issu de ce Krach boursier et les spécialistes pensent que la crise est presque terminée.

Les causes directes de ce krach

   Il y a aux Etats Unis en cette fin des années 20, un phénomène que John Kenneth Galbraith qualifie « d’orgie spéculative ». En effet si les 125 millions d’américains ne pratiquent pas l’activité boursière, il n’y en a quand même plus d’un et demi millions qui spéculent en faisant même des crédits. Les particuliers font crédit aux courtiers qui eux empruntent aux banques. André Kaspi, spécialiste français des Etats Unis expliquent alors bien ce qui peut se passer lors d’un Krach boursier : « Il suffit, en conséquence, que le marché prenne peur, pour que des millions de titres soient offerts à le vente, d’où la chute des cours. Les courtiers réclament leur dû, les banques cherchent à se faire rembourser, la ruine des spéculateurs entrainent la ruine de leurs créanciers ».

la grande depréssion

   La crise financière se traduit par une perte de confiance envers les crédits qui disparaissent ainsi que le départ des capitaux étrangers qui se réfugient dans les bourses européennes dont celle de Paris et de Londres. Tout cela entraîne aux Etats-Unis une forte déflation qui accentue le décalage entre productions et consommations. La paysannerie déjà touchée dans les années 20 par une baisse de ses revenus est encore la première victime dans les années 30 de la crise financière qui se traduit vite en une Grande Dépression.

   Les entrepreneurs doivent s’adapter à cette chute des crédits. Et pour cause, tous les produits ménager du quotidien était achetés par crédit à 80%. C’est un profond effondrement du marché. Ce n’est pas la Réserve Fédéral américaine qui va aider dans cette crise puisqu’au lieu d’injecter de l’argent dans le but de réduire l’effondrement du marché, elle laisse faire. Ainsi les producteurs n’ont plus d’argent pour produire et les consommateurs n’en ont plus pour consommer. C’est le blocage.

   De 1929 à 1932, le revenu national des Etats Unis chutent de 87 à 39 millions. Les Etats Unis connaissent véritablement une crise majeure qui impacte aussi la société américaine. Le chômage est évidemment la première conséquence de la crise sur la société. De 1,5 millions de chômeurs en 1929, on passe à 12 millions en 1932, près de 25% des actifs.

Migrant Mother de Dorothea Lange

   Les agriculteurs doivent vendre leur terre pour pas un sou. C’est les débuts pour certains d’une longue migration vers la magnifique et verdoyante Californie captée dans le célèbre livre de John Steinbeck, Les raisins de la Colère. La nuptialité et la natalité baissent, c’est une dépression économique qui se transforme en une véritable dépression morale de la société. On arrive parfois à des situations de conflits et d’absurdité dans la société.

Voir aussi l’article : Karl Marx, le père du communisme

puis une crise mondiale

la prolongation de la crise

   Le commerce international est fortement touché par la crise américaine et les pays qui en sont dépendants à un pourcentage conséquent comme l’Allemagne, l’Angleterre ou le Japon sont touchés par la crise. Les premiers signes de malaise apparaissent dès 1927, et s’accentuent en 1929. Les exportations baissent alors pour ces pays et parallèlement il y a une baisse des importations (il n’y a plus d’argent pour acheter les produits importés). Ces pays s’endettent dans le même temps.

   Le crédit mondial chute dû à la méfiance grandissante chez les détenteurs de capitaux qui préfèrent convertir leur argent en or plutôt que de le prêter. La crise financière arrive en Europe en 1931 et va plonger le monde entier dans la dépression, une dépression qui va déboucher sur un acte malheureux, la guerre.

la dépression mondiale

   L’Allemagne est le premier pays touché avec l’Autriche. Les Allemands sont très touchés car très dépendants de l’extérieur et notamment des Etats Unis. Le système bancaire autrichien s’effondre et c’est le cas ensuite du système bancaire allemand. C’est un jeu de domino que cette crise mondiale. Les îles britanniques sont les prochaines victimes car Londres est le principal relais entre les pays centraux de l’Europe et les Etats Unis. La France et le japon suivent la marche. Tous ces pays abandonnent le Gold Echange Standard.

la réaction politique face à la crise

   Les réformes politiques sont souvent inefficaces face à une crise d’une telle ampleur. La politique de déflation a été l’une des plus pratiquée mais sans véritable succès. En Allemagne et en France, on baisse ainsi les dépenses publiques dans le but de garder un équilibre budgétaire mais le problème c’est que les syndicats n’acceptent pas la baisse des salaires et le protectionnisme des autres pays ne permet pas à cette politique de perdurer.

John Keynes à droite

   A l’inverse, l’économiste anglais John Maynard Keynes préconise de dépenser pour reconstruire le pays, aider les entreprises, indemniser les chômeurs. Il faut alors pour cela que les pays nationalisent certaines entreprises de manière à développer le secteur public.

Si vous aimez les mathématiques, vous pouvez jeter un œil sur l’article : L’infini en Maths

Une cause de la seconde guerre mondiale ?

   L’égoïsme des nations en matière de politique économique internationale et de résolution de la crise se montre pleinement à la conférence économique mondiale de Londres. Le monde se divise progressivement en deux entre les pays riches  (Etats Unis, Royaume-Uni, France) et les pays pauvres (Allemagne, Japon, Italie). On perçoit alors facilement les deux camps ennemis de la Seconde Guerre Mondiale.

   Les pays riches se referment sur leur économie en créant notamment pour la France et le Royaume Uni des zones franc et sterling avec leurs colonies. Les Etats Unis protègent quant à eux leur marché intérieur.

   Les pays pauvres voient la formation de partis nationalistes qui se reposent sur les troubles économiques pour arriver au pouvoir et imposer leur régime autoritaire, c’est le cas des fascistes italiens (voir notre article sur le fascisme italien) et des nazis allemands. Pour surmonter la crise, ces régimes voient la nécessité de conquérir de nouvelles terres (Espace vital pour Hitler, Ethiopie pour l’Italie, Mandchourie pour le Japon) et donc de préparer la guerre. La population va alors travailler beaucoup à l’armement. L’URSS est toujours très isolée et n’est pas touché par la crise.

   A la fin des années 30, le monde est donc divisé en zones économiques qui vont se transformer en blocs rivaux. La Seconde Guerre Mondiale paraît inéluctable.

Écrit par Hugo Thompson

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