En 1989, les Etats Unis deviennent l’unique superpuissance de la planète, superpuissance économique, militaire, politique et culturelle. 400 ans plus tôt les premiers colons anglais s’installent sur la côte est de l’Amérique du Nord avec aucune connaissance du terrain, une incapacité terrible à vivre, se nourrir convenablement. Seul leurs amis et ennemis indiens les aident. Alors comment ces petits colons si faibles sur le territoire américain ont pu se développer au point de créer les bases d’une puissance mondiale en 1787. Quels ont été les acteurs et les événements qui ont permis à l’histoire des Etats Unis de prendre vie à l’aube du XIXe siècle ? C’est à l’aide d’une série de deux articles que nous allons tenter d’en savoir plus sur cette formidable épopée américaine.

La fondation des colonies anglaises d’Amérique

Les anglais ne sont pas les premiers

Les portugais et les espagnols en Amérique

   Le XVe siècle marque le début des grandes découvertes. Les portugais entreprennent les premières expéditions. Les navires longent les côtes africaines, passent le cap de Bonne Espérance et atteignent ainsi l’Océan Indien. Leurs recherches se portent essentiellement sur les épices. Mais la découverte de mines d’or et leur volonté de convertir le monde au christianisme les encouragent également dans leur expédition.

   Les Portugais sont rejoints dans leur envie de découverte par leur voisin frontalier, les Espagnols. C’est donc sous l’égide de l’Espagne que le célèbre navigateur Christophe Colomb veut rejoindre les Indes non pas par l’est, mais par l’ouest. En effet, Colomb sait que la Terre est ronde mais il ignore que les terres qu’il découvre quelques semaines après son départ sont en réalité des terres qu’aucun européen à fouler depuis le viking Leif Erikson.

Histoire des Etats Unis
Portrait de Christophe Colomb par Ridolfo Ghirlandaio

   Après les découvertes vient le temps des colonies. L’Amérique du Nord n’intéresse pas les Portugais ni les Espagnols qui préfèrent se concentrer sur le sud et le centre du continent qui pour eux est synonyme de mines d’or. Ils n’envoient que quelques explorateurs à l’image de Juan Ponce de Léon en 1513 qu’il les dissuade d’aller dans ce vaste territoire inhospitalier et sans importance économique.

En 1513, l’explorateur espagnol Juan Ponce de Léon atteint la Floride qu’il croit être une île. Son voyage est destiné à trouver la mythologique fontaine de jouvence. De 1539 à 1543, un autre conquistador Hernando de Soto parcourt le sud-est des futurs États-Unis et notamment les cours d’eau de l’Alabama, du Mississippi. En même temps, Francisco Vasquez de Coronado traverse le Rio Grande et voyage en Arizona, au Texas et au Kansas. Toutes ces expéditions ne montrent pas d’or et les hésitations vis-à-vis de ces territoires se font que plus grandes.

La France et la fondation de Québec

   Le roi de France, François I veut aussi sa part du continent américain. Il n’accepte pas le partage des espagnols et des portugais, n’accorde aucune importance à la bulle Inter Coetera ni au traité de Tordesillas. Il envoit donc dans un premier temps un florentin Verrazano vers l’ouest. Ce dernier embarque avec cinquante hommes d’équipage sur la Dauphine, une caraque de trois mâts. En arrivant sur la côte, il décide de la longer vers le nord et découvre la baie de New York qu’il nomme la Nouvelle-Angoulême puis repart vers le Royaume de France, déçu par les fruits de son expédition.

   C’est surtout avec Jacques Cartier en 1534 et 1535 que la France prend possession véritablement en Amérique du Nord. Cartier veut découvrir de l’or et des diamants, il remonte le fleuve Saint-Laurent et fonde Québec et va jusqu’au future emplacement de Montréal. Ces expéditions posent de véritables bases à l’installation sur le sol américain de futurs français.

Histoire des Etats Unis
Jacques Cartier sur un tableau du XIXe siècle

C’est un célèbre navigateur, explorateur et écrivain français connu principalement pour ses explorations des territoires de l’Amérique du Nord et ses récits de voyage qui en découlent. Il naît et meurt dans la même ville de Saint-Malo.

L’intérêt tardif des anglais

   Les Anglais n’ont pas le temps en ce début de XVe siècle de s’occuper d’expéditions et à fortiori de politique de colonisation. Ils sont trop occupés à l’époque avec leurs tensions internes notamment religieuses (ils viennent de se séparer du Pape). Seul des écossais, John Cabot et son fils partent en expédition. Leur seul fait d’arme est d’avoir donné leur nom au cabotage, pratique de navigation côtière.

   Elisabeth I monte sur le trône en 1558 et l’Angleterre se porte de mieux en mieux. Non seulement l’économie est prospère mais les querelles religieuses s’évanouissent aussi. Les projets d’expéditions commencent à voir le jour en 1576 avec notamment Martin Frobisher (sans grand succès cependant). Sir Humphrey Gilbert voit plus grand et développe un projet de colonisation. Il suggère dans le même temps pour convaincre la reine que cette colonisation sert de base maritime contre les espagnols, les grands ennemis de l’époque. La tentative de Gilbert est finalement un cuisant échec mais qui ne porte qu’un faible coup aux volontés colonisatrices de l’Angleterre portées notamment par un certain Sir Francis Drake.

   D’autres échecs surviennent par la suite. Le demi-frère de Gilbert Sir Walter Raleigh est celui qui aperçoit le premier la Virginie et qui voit en elle une terre parfaite de colonisation. Le nom de Virginie vient du surnom de la reine Elisabeth la Vierge. La colonie de Roanoke voit le jour en 1587. En 1590, tous les sujets de cette colonie ont disparus d’où le surnom de « colonie perdue ».

   Ces échecs n’atteignent pas le moral des anglais et leur envie de colonisation. Avec la publication de l’ouvrage de Thomas More, L’Utopie, l’Angleterre se met à rêver de ses terres vierges et neuves où les pauvres pourraient vivre paisiblement et les riches s’enrichir en exploitant les minerais. Ces colonies comme le signifie Richard Hakluyt en 1584 seront au service de l’Angleterre, désengorgerons les îles britanniques et achèteront des produits du Royaume. C’est donc tous bénéfice pour les colonisateurs comme pour ceux restés sur le vieux continent.

Elle né le au palais de Placentia à Londres et meurt le au palais de Richmond à Londres, elle fut reine d’Angleterre et d’Irlande de 1558 à sa mort. Elle est souvent qualifiée de plus grande reine de l’histoire du Royaume. Son pragmatisme dans le domaine politique mais surtout religieux permet à l’Angleterre de retrouver une certaine puissance.

En 1578, la reine charge Gilbert de créer dans un délai maximum de six années une colonie. Le premier voyage échoue, le second en 1583 est le bon. Il augmente les moyens financiers pour l’expédition dans les villes de Bristol et Southampton. Il atteint les côtes, prend possession solennellement d’une île, Terre Neuve. Il met ensuite le cap vers le sud mais finit par abandonner. Il retourne alors vers l’Angleterre. Tout l’équipage et les navires sont engloutis dans une tempête.

Cette colonie est le premier établissement anglais aux États-Unis. C’est également dans celle-ci que le premier sujet anglais né sur le territoire américain, Virginia Dare. Selon des théories : les colons seraient partis sur une île Croatoan car une gravure de ce nom est retrouvée sur un arbre à Roanoke. Mais l’hypothèse d’une tribu indienne ayant capturé puis tué ces colons est aussi étudiée.

L'installation des colonies

La Virginie : première colonie anglaise

L'arrivé des premiers colons

   Voilà trois ans que Jacques I a succédé à Elisabeth. Nous sommes donc en 1606 quand le roi accorde une charte à deux compagnies commerciales du même nom : les compagnies de Virginie, l’une à Londres, l’autre à Plymouth. Les deux compagnies fonctionnent sur le même principe. C’est l’association de marchands en quête d’aventures sur le Nouveau Monde qui partagent les investissements, les risques et les profits. Ils arment des bateaux transportant des colons. Ces derniers payent pour pouvoir travailler à son propre compte en Amérique, sinon la société commerciale bénéficiera du profit du colon pendant sept ans. Un accord entre les deux compagnies est signé pour se mettre d’accord sur le territoire de chaque colonie.

   La compagnie de Plymouth ne réussit pas malgré être arrivé dans le Maine à perdurer sous forme de colonie. Ils abandonnent leur droit à une nouvelle compagnie, le conseil de la Nouvelle-Angleterre. Celle de Londres réussit mieux. Ils sont plus nombreux et mieux préparés. Cent-quarante-quatre colons uniquement de sexe masculins partent de Londres le 20 septembre 1906 avec trois navires, le Susan Constant, le Godspeed et le Discovery. Ils atteignent après quatre longs mois les côtes américaines, remontent la James River et se posent dans une zone marécageuse mais avec beaucoup de bois pour la construction qu’il surnomme Jamestown. Un an passe et seulement cinquante-trois hommes ont survécu aux conditions difficiles d’alimentation et plus généralement aux conditions de vie. Les pratiques doivent évoluer et c’est sous l’impulsion d’un homme que la colonie va s’améliorer petit à petit.

La figure de John Smith et les premiers contacts avec les indiens

   Alors que la quasi-totalité des colons perdent espoir dans ce nouveau monde, un homme fort de 27 ans, ayant combattu en Europe aide la colonie à garder une discipline. C’est un véritable aventurier, courageux qui s’enfonce dans les terres pour explorer les possibilités économiques et agricoles de ses terres. Au premier abord sa capture par les indiens semble être un coup dur pour la colonie, peut-être même le coup de grâce. Il s’avère en fait que c’est la meilleure nouvelle que la colonie est reçue depuis de long mois. En effet, selon la légende les indiens et plus précisément la tribu du roi Powhatan allait exécuter leur prisonnier quand Pocahontas, la fille du roi demande à son père de le laisser en vie.

   C’est à partir de ce moment que les liens entre Smith et à fortiori la colonie et les indiens s’améliorent. Smith n’est pas qu’un homme courageux, c’est un homme intelligent qui comprend que sa colonie ne survivra pas sans l’aide des indiens. Les indiens donnent ainsi aux anglais le moyen de cultiver le « blé indien », autrement dit le maïs qui sera une culture très importante dans l’histoire des Etats-Unis. Outre les nouvelles dispositions alimentaires, c’est surtout le changement de mentalité au sein de la colonie qui est cruciale. Avant de chercher l’or, les colons comprennent qu’ils devront stabiliser une sécurité alimentaire, hygiénique, et une citoyenneté, un code à suivre.

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John Smith
Pocahontas
Les premières exploitations

   Le changement de mentalité ne passe pas que par la rencontre avec les indiens. Il faut en effet pour cela mettre en place un code de travaille. Smith prévoit pour ses anglais de Jamestown, pas agriculteur pour un sou, des heures de travail. D’abord quatre heures par jour en 1608, on augmente petit à petit. Contrairement à une expédition militaire à l’image de ce que font les espagnols, les indigènes (ici les indiens) ne travaillent pas pour les colonisateurs. Le maïs n’a pas de valeur économique contrairement au tabac qui apparaît encore une fois à l’aide des indiens. Le tabac se vend cher en Angleterre et la colonie est en train enfin de voir l’objectif de départ être atteint, c’est-à-dire la rentabilité.

   Le système de gouvernance de la Virginie change avec l’apparition d’élection. Le gouverneur se voit entouré par des représentants. De plus pour favoriser l’arrivé de métropolitain, un candidat au départ qui paie recevra 2/5 d’un hectare.

L'arrivée des premières femmes et l'augmentation de la population

   Maintenant que les hommes sont stabilisés, sécurisés, il faut des femmes pour que la colonie soit pérenne. Une campagne visant à mobiliser les femmes est lancée s’appuyant sur la philosophie colonialiste utopiste de Thomas More. En 1618, la population passe de 400 à 1000 habitants mais se stabilise pendant quatre ans autour de 1200 en raison d’une forte mortalité. Les ruraux de certaines parties de l’Angleterre ont parfois de bonne raison de migrer vers la Virginie à cause de lois qui appauvrissent les paysans et qui les chassent de leurs champs. En 1624, la Virginie devient colonie royale après que le roi est dissout la compagnie de Londres.

La fondation de la Nouvelle Angleterre, un moment important dans l’histoire des Etats-Unis.

   La Virginie est composée de marchands, la Nouvelle Angleterre elle sera composée de croyants puritains. Parlons tout d’abord du contexte religieux présent en Angleterre à cette époque.

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"Mayflower in Plymouth Harbor," par William Halsall, 1882
Une diversité religieuse qui ne plaît pas au pouvoir royal

   En 1534, l’Eglise d’Angleterre n’est plus dominée par le Pape mais par le roi. L’anglicanisme évolue vers le protestantisme. Mais pour certain ça ne s’arrête pas là. Le presbytérianisme, le congrégationalisme, le baptisme et bien d’autres mouvements sont créés. Cela ne plaît pas au pouvoir royal qui ne tolère pas cette diversité dans le dogme. Cette intolérance peut s’expliquer dans l’attitude de ces mouvements religieux. En effet ces derniers veulent influer sur le comportement de la société, ils veulent appliquer un christianisme pur. C’est ainsi que tous ces hommes et ces femmes sont appelées, les puritains.

Système ecclésiastique, découlant de la pensée de Calvin, gouverné par un corps mixte formé de laïcs et de pasteurs, nommé presbyterium. Ce système est né en Écosse sous l’égide de John Knox qui l’applique en 1560.

En 1580, Robert Browne crée la première église congrégationaliste. Cela consiste à supprimer toute hiérarchie existante dans l’anglicanisme. Il y a une direction de l’église locale par l’assemblée des membres.

Ce mouvement apparaît en 1609 en Hollande puis trois ans plus tard en Angleterre. Il accorde énormément d’importance à la Bible, et au baptême.

Les Pilgrims, le Mayflower et la création de la Nouvelle Angleterre

   Sous le nom de Pilgrims (Pèlerins) se cachent des puritains congrégationalistes séparatistes qui ont donc coupé tout liens avec l’anglicanisme. En 1608-1609, les congrégationalistes de Scrooby se réfugient aux Provinces-Unis où ils se sentent vite en danger. Ils voient alors se profiler une solution, le Nouveau Monde. Ils prennent contact avec la compagnie de Londres et décident de partir pour la Virginie. Ils embarquent avec d’autres séparatistes sur la Mayflower et 80 artisans-ouvriers. Les 131 hommes, femmes et enfants passent 65 jours en mer avant d’atteindre la terre promise. Sauf que la terre promise est un peu plus au sud. C’est ainsi qu’il fonde Plymouth un mois après leur arrivé dans un endroit qu’il leur semble hospitalier. Ils sont loin de la Virginie, donc loin de la tutelle de la compagnie de Londres (encore existante). La colonie prospère très lentement et sa population passe de 24 habitants en 1624 à 579 en 1637 puis 2000 en 1660. C’est lors de l’hiver 1621 qu’est célébré le premier Thanksgiving, symbole important aux États-Unis, symbole de liberté, et symbole des origines nationales.

La création de la colonie du Massachussetts

   Sur le même modèle que les Pilgrims du Mayflower, quelques dizaines de puritains partent coloniser la baie du Massachusetts après avoir obtenu l’autorisation. Certains colons fondent Salem, puis en 1630 plusieurs navires arrivent près des côtes et créent les villes de Charleston, la ville de Boston (Shawmut à l’époque). La colonisation du Massachussetts bat son train et en 1660 elle est composée de 20 000 habitants.

   La rigueur du cadre religieux est selon les puritains une aide précieuse contrairement au désordre de la colonie des marchands en quête de profit (la Virginie). Cela permet en effet de mettre des bases plus solides dans l’organisation de la société. En plus de cela, le système congrégationaliste est un système politique à part entière et réussit à acquérir une sorte d’indépendance vis-à-vis de la couronne. Il y a des élections de représentants avec une certaine hiérarchie, le gouverneur étant tout en haut. Pour ce qui concerne les propriétés, chacun à la sienne avec sa maison et son champ cultivable. Malgré ce semblant de prospérité, il y a certains problèmes qui apparaissent comme la prostitution à Boston.

   Mais dans l’ensemble le modèle de colonisation de la Nouvelle Angleterre et puis du Massachusetts suit une rigueur apportée par la volonté de plaire à Dieu. La foi est présente partout dans le quotidien de ces puritains et est marquée par la construction d’une église au milieu du village. Ainsi la prospérité rapide de ces colonies s’explique par la foi.

Voir aussi l’article : Le Siècle du Lumières 

les colonies restantes

   On a donc vu deux exemples caractéristiques de la colonisation anglaise en Amérique, deux exemples très différents par ailleurs. Les autres colonies vont s’en inspirer. Cependant un troisième modèle apparaît. Le roi qui veut reprendre du pouvoir sur les nouvelles colonies n’accepte plus de charte pour les communautés religieuses, ni même pour les compagnies commerciales. Ils engagent des Lords pour créer des colonies et s’assure ainsi d’une meilleure fidélité de la part de ces colonies. Cette volonté de contrôle de la part du pouvoir royal est encouragée de plus belle après la révolution cromwellienne. Quelques exceptions subsistent cependant comme pour le Maryland qui mélange les modèles.

Le Maryland, "la terre de Marie"

   C’est le Lord Calvert sous Charles I qui s’intéresse en premier à la mise en place d’une colonie sur le territoire du Maryland. Il meurt trop tôt pour voir son projet aboutir. C’est son fils Cécilius qui va finalement être le créateur de cette colonie qu’il baptise Maryland, la terre de Marie qui peut être la mère de Jésus mais aussi le prénom de la reine. Son père avait eu des rapports avec des compagnies commerciales, son fils lui, sera dans l’optique de faire selon le modèle du Massachusetts mais pour une communauté différentes : les catholiques. Le côté commerciale du père influe sûrement sur le fils qui réussit rapidement à maitriser le tabac ce qui permet à sa colonie de bien vivre. Cependant un problème va rapidement surgir. En effet si la colonie se porte bien économiquement, elle pâlit dans son projet initial de réunir des catholiques. Ceux qui arrivent par centaines en bateaux sont en majorité protestants, voir dissidents et sont par la suite en supériorité numérique. Ainsi la Maryland adopte en 1649 une loi essentielle, la liberté de pratiquer le culte de la Trinité.

New Amsterdam ou New York ?

   En 1609, la Compagnies néerlandaise des Indes Orientales engage Henry Hudson pour explorer la partie située entre les colonies anglaises du sud et celles du nord. Après la description de ces territoires répartis autour du fleuve Hudson, de multiples compagnies commerciales tentent l’aventure là-bas dans ce que l’on appelle alors les Nouveaux Pays-Bas. Quelques forts sont créés à l’image de New Amsterdam qui est la colonie la plus prospère. Mais le comportement tyrannique des chefs vis-à-vis des colons ne permet pas pour ses colonies d’atteindre une stabilité malgré leurs fortes croissances économiques. De plus elles se sentent prises en étau entre les colonies anglaises. En 1664, le gouverneur hollandais Peter Stuyvesant se rend face à une flotte anglaise. Le frère du roi d’Angleterre s’empare alors des terres. C’est le duc d’York d’où le nom de New York qui remplace le nom de New Amsterdam.

La Pennsylvanie, « la forêt de Penn »

   Cette colonie est l’œuvre d’un seul homme, William Penn, un quaker. Il appartient donc à la société des amis, les puritains les plus radicaux qui soient. Ces derniers sont persécutés partout, emprisonnés en Angleterre sous Charles II, hors la loi en Amérique. William Penn est un homme brillant. Il a fait ses études à Oxford et aime depuis toujours voyager. Il rêve d’installer en Amérique une colonie dont les règles serait inspirées du quakerisme. Il est un proche ami du duc d’York qui a une dette envers lui. Ainsi Penn en profite pour proposer au futur Jacques II de lui céder une part de terre en Amérique entre le 40ème et le 43ème parallèle.

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Sir William Penn

   William Penn s’attelle alors à la construction de cette colonie avec pour capitale « la cité de l’amour fraternelle », Philadelphie. Il invite via un livre les européens convaincus par sa démarche de venir y vivre. Il y a ainsi dans cette colonie qui grandit vite des protestants, des piétistes, des quakers et d’autres communautés religieuses. La tolérance est le maître mot. Malgré quelques difficultés liées à son amitié avec le catholique duc d’York, William Penn a réalisé son rêve. En 1685, sa colonie compte 9000 personnes.

La Géorgie, colonie philanthropique ou colonie comme les autres ?

   C’est le général James Oglethorpe qui a eu l’idée de créer la Géorgie du nom de George II. Son idée est simple mais non moins exceptionnelle pour l’époque. Après avoir découvert le monde pénitencier en Angleterre lors de son passage à la chambre des communes, il est peiné de voir les débiteurs emprisonnés. Il veut leur donner une nouvelle chance en Amérique. En 1733, il fonde Savannah et permet à 1800 pauvres venus pour la plupart d’Angleterre mais aussi de Suisse, d’Allemagne et d’Ecosse, d’y vivre. Il accueille aussi 1021 immigrants dont 92 juifs. Au départ la moralité prend le dessus, l’esclavage est interdit. Mais petit à petit au contact des colonies voisines, la Géorgie devient comme les autres avec une servilité assumée dans les exploitations, l’importation de Rhum et d’esclaves.

   Il y a donc finalement les fameuses 13 Colonies anglaises d’Amérique : New Hampshire, Massachusetts, Plymouth, Rhodes Island, Connecticut, New York, New Jersey, Pennsylvanie, Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud. Leur population atteignent un total de 250 888 en 1700.

Carte des Treize Colonies d'Amérique du Nord avant l'indépendance (vers 1775)

Si vous aimez les mathématiques, vous pouvez jeter un œil sur l’article : L’infini en Maths

Le monde indien

L’histoire des indiens : un peuple méconnu

   Pour les hommes du XVIIe siècle, les indiens constituent une curiosité mais surtout un mystère. Ils sont arriérés de plusieurs milliers d’années dans leur manière de vivre par rapport à une Europe qui n’est qu’à quelques décennies de l’électricité. Aujourd’hui les historiens sont parvenus à élucider quelques énigmes concernant l’origine des indiens.

   On sait ainsi que les indiens sont eux même des immigrants venus d’Asie de 50 000 à 10 000 av JC environ. Ils sont passés par le détroit de Béring. Ils se sont déplacés dans les terres de l’Amérique vers les Rocheuses, vers le centre, mais aussi dans le Nord de l’Amérique. La chasse était la principale source d’alimentation. Ils chassaient le mammouth en le précipitant dans les ravins. L’archéologie avec l’utilisation du carbone 14 a été primordiale dans la connaissance de ce peuple.

   C’est dans le sud-ouest des Etats-Unis que le maïs commence à être cultivé vers 3000 av JC devenant plus tard la principale source d’alimentation des indiens. En plus de cela, la domestication de certains animaux comme le chien est réalisée. Plus tard il y a l’apparition des indiens pueblos qui vivent en tribus dans des maisons troglodytes aménagées dans les falaises. Leur artisanat se développe avec notamment la réalisation de sac. Cette civilisation perdure jusqu’à son apogée en 1300 ap JC avant de sombrer. C’est à n’en pas douté la civilisation indienne la plus fascinante mais elle fait partie de dizaines d’autres communautés. Les spécialistes ont tenté de les classer par langue ou par culture. Leur population a été source de débat au sein de la communauté scientifique. Le chiffre de 10 millions a été cependant retenu. Ainsi les colons ont eu des contacts sur un territoire de 200 km de longueur avec un demi-million de « sauvage » (adjectif donné par les colons à l’époque pour qualifier les indiens).

La vie des indiens bloquée dans le néolithique

   Les indiens vivent en tribus assemblées en confédération. Ainsi les colons côtoient les Abnakis, les Massachusetts, les Narragansetts, les Wampanoags mais également les Appalaches dans l’intérieur des terres. Elles ont toutes leur autonomie, peuvent être parfois en conflit. Les Narragansetts sont au nombre de 4000 et constituent la tribu la plus puissante.

    A la manière des européens du Néolithique, les indiens sont sédentaires. Ils se déplacent légèrement pour chasser l’ours, le dindon, le canard, pécher le homard, le bar, ramasser des crabes. Les indiens ne connaissent pas l’écriture, la métallurgie, la roue. Les communautés proches de l’Atlantique sont les plus retardées. Ils domestiquent les chevaux qu’à la fin du XVIIe siècle.

L’affaiblissement des indiens

Les contacts entre les colons et les indiens

   Il est essentiel de noter que l’homme moderne européen est d’abord fortement aidé par les indiens « sauvages ». La reconnaissance succède à la méfiance durant les premiers échanges. Les colons comprennent vite qu’ils auront besoins des indiens, de leurs techniques de chasse, de pêche, de culture mais aussi de leurs connaissances des nombreuses forêts qui s’étendent le long de la côte, la connaissance des cours d’eau. Dans les années 1620, quelques indiens ont des notions d’anglais et commencent à communiquer avec les colons. Squanto est l’un d’entre eux, c’est le plus connu. Il a fait un tour en Angleterre et passera sa vie avec ses nouveaux amis européens. Il leur apprend les techniques que ces frères de la colonie et ses ancêtres lui ont apprises.

   Un véritable commerce se développe entre les indiens et les européens. Les premiers ont besoins des outils et des armes à feu des colons, les autres ont besoin de nourriture, de peaux d’animaux. Ce commerce se passe bien pendant un temps jusqu’à ce que les choses dégénèrent notamment par rapport aux armes à feu. Les différences entre les deux mondes ne sont pas qu’au niveau de la technique, elles sont aussi dans les valeurs. Les indiens pour certains ne comprennent pas le concept de la propriété privée. Ils ne comprennent pas non plus la signification de la valeur d’une marchandise. Les tensions montent ainsi entre les colonies et les indiens. Le sujet de la propriété est un sujet sensible notamment au niveau des terrains de chasse des indiens qui ne sont pas vus par les colons comme des terres indiennes. Toutes ces tensions sont multipliées par le fait que les colons ont un mépris envers les indiens. C’est la condescendance d’un peuple qui se sent totalement supérieur.

Les maladies amenées d’Europe : « l’horrible spectacle des os et des crânes »

   Avec l’arrivée des colons, les indiens font face à des maladies dont ils n’avaient pas connaissance. Du coup leur organisme ne les connait pas non plus et n’est pas prêt à leur faire face. La variole, la rougeole, la varicelle, la fièvre écarlate ou le choléra envahissent le territoire américain. Certaines d’entre elles sont vaincues facilement sur le Vieux continent alors que dans le Nouveau Monde, les Indiens succombent les uns après les autres. Les Hurons perdent trois quarts de leur population. Et malheureusement pour les tribus, le mouvement des colons vers l’ouest n’arrangent rien et jusqu’au milieu du XIXe siècle les Indiens succombent aux maladies. Les puritains assimilent cela à un signe de Dieu en leur faveur, leur montrant que l’Amérique est à eux.

L’alcoolisme et la décadence de la spiritualité

   De manière étonnante, l’alcoolisme est sûrement la cause principale de mortalité devant les guerres et les maladies. Les indiens n’ont jamais été habitué à l’alcool durant non seulement leur vie mais aussi durant la vie de leur civilisation. Leur métabolisme n’est pas prêt à cet afflux soudain d’alcool. Ces indiens qui prenaient toutes sortes de drogues ont découvert lors de l’arrivée des colons, le rhum. Mais leur corps n’est pas habitué. Si les puritains sont outrés par le comportement des Indiens, les marchands y voient une opportunité pour vendre leur alcool ou terminer des négociations.

   L’alcoolisme influe sur la perte de spiritualité au sein des tribus. Mais ce n’est pas la seule cause. La résistance des colons face à la maladie, leur meilleur médecine provoque une perte de confiance des indiens vis-à-vis de leur croyance. Ils ne comprennent pas la religion des colons, encore moins leurs divisions dogmatiques. Le prosélytisme de ces derniers est reçu comme une attaque à parer. Certains se convertissent au christianisme pour avoir des pouvoirs que leur promettent les missionnaires. Mais le massacre des « sauvages » est souvent prioritaire face à leur conversion.

Les guerres

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   Comme on l’a déjà dit, c’est la question des terres et de leurs propriétaires qui est le véritable objet des tensions. Les premiers massacres ont lieu pour ces raisons-là. Ainsi en 1622, le frère de Powhatan tue 346 anglais de Virginie et quelques années plus tard il en tue 500. Les Virginiens ont donc une haine féroce pour ces « sauvages ». Ainsi de multiples conflits et massacres ont lieu aux XVIIe et XVIIIe siècle. Les indiens peuvent parfois aussi participer à la guerre entre les français et les anglais aux côtés des uns ou des autres.

   Rhodes Island constitue avec la Pennsylvanie une exception. Son chef charismatique Roger Williams pense que l’Amérique appartient aux indiens mais les problèmes internes de sa colonie le désintéresse vite des indiens.

   Les colonies et plus précisément le système colonial va se stabiliser durant quelques temps avec toujours quelques tensions. Le second article de cette série va se pencher sur les moments clés dans l’histoire des États-Unis, ces évènements qui ont permis au pays de l’Oncle Sam de naître et de gagner l’indépendance face au royaume anglais.

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