Avant de devenir le monde des cités, la Grèce est passée par une phase de peuplement et d’évolution des techniques. On perçoit alors les premières civilisations qui naissent au Néolithique. Les historiens peinent à trouver des informations sur la préhistoire grecque mais on arrive tout de même à connaître l’existence de deux civilisations importantes, la civilisation minoenne puis (et en partie en même temps) la civilisation mycénienne. Dans cette série d’article consacré à l’histoire grecque, nous balayerons une large période s’étendant de la préhistoire à l’époque hellénistique. Nous verrons donc l’obscure époque archaïque et la grande époque classique, apogée de la Grèce Antique.

Grèce
Figure de la civilisation des Cyclades

La Grèce au Néolithique et au Bronze Ancien

Le Néolithique

Vers 40 000 avant notre ère, une population d’homme est attestée dans les régions de l’Epire, de Thessalie, du Péloponnèse et de quelques îles de la mer Egée. La navigation est déjà pratiquée au Paléolithique supérieur vers 35000-9000 et les premières techniques agricoles apparaissent par la suite au Mésolithique vers 9000-8000.

Le Néolithique voit une évolution des techniques plus rapide en Grèce qu’au Proche Orient. Il y a une diffusion des savoirs venant d’Orient ce qui provoque une sédentarisation accrue et ainsi une fixation d’habitats. C’est alors surtout en Thessalie que les plus grandes innovations sont connues telles que l’élevage de chèvres et de moutons, la culture de céréales, ou encore la diffusion de la céramique.

Les échanges se font entre des populations de plus en plus éloignées les unes des autres à l’échelle parfois de la mer Egée. Il y a parallèlement l’apparition d’outils comme des pierres taillées mais aussi les premières structures caractéristiques d’habitat tel que les mégarons. Ce dégage de ces structures les premières formes de hiérarchie. Tous ces phénomènes participent à l’apparition de particularismes locaux et la Grèce est en rien un monde uni dans une même tradition.

L’émergence de la civilisation des Cyclades et la question de la langue grecque

Le Bronze Ancien est une période où la métallurgie se développe véritablement en Grèce avec la connaissance de gisement de plomb, de cuivre et d’argent à Siphnos et Kythnos notamment. Les techniques agricoles se perfectionnent dans le même temps avec l’apparition de four de potier, de fusaïoles pour le tissage et le filage. Il est alors logique de voir dans le monde grec une nette croissance démographique qui participe à ce que François Lefèvre, professeur d’histoire grecque à la Sorbonne, qualifie de « civilisation raffinée des Cyclades ». Cette civilisation a légué aux historiens et aux archéologues des figurines en marbre blanc autant célèbres qu’énigmatiques.

Vers 2300, les historiens constatent de multiples destructions de maisons notamment dans les Cyclades. Le débat historiographique qui s’ensuit débouche sur l’idée d’une étape capitale dans l’histoire grecque et même dans la formation de celle-ci. Le monde grec est en train de naître ou en tout cas l’homme grec. On pense en effet que ces destructions coïncident avec l’arrivée des premières populations hellénophones (parlant le grec). Le débat entre les spécialistes est encore vif car il reste difficile de positionner dans le temps l’émergence de la langue grecque. Ce que l’on sait c’est que les premières écritures en grec sont attestées au XVe siècle. Les linguistes s’accordent à dire que le grec appartient à un ensemble de langue tel que les langues slaves, germaniques mais aussi langues anciennes de l’Inde regroupées dans la famille indo-européenne. On pense alors à une région commune d’où un nombre conséquent d’individus venant d’une même population sont arrivés (la Russie méridionale est notamment citée). La liste des doutes qui tracassent l’esprit des historiens sur cette période très ancienne est longue. Deux civilisations vont se révéler plus généreuses en informations.

Le monde minoen et le début du système palatial

La période minoenne se partage en différentes phases. Il y a une première phase qui correspond tout simplement à la mise en place du système palatial que l’on appelle minoen ancien (3000-2000) suivit par deux périodes correspondant au minoen moyen (2000-1600) : la phase proto-palatiale (2000-1700) et la phase néopalatiale (1700-1450). A la fin de celle-ci se trouve à chaque fois un évènement violent qui perturbe considérablement le système sociétal en place. C’est le cas en 1700 lors d’évènements resté à ce jours une des plus grandes énigmes de l’histoire. Les historiens ne comprennent en effet pas pourquoi les palais crétois ont été détruits. Une origine humaine ou naturelle ? Une raisons militaire ? Les zones d’ombres restent multiples. En 1450, les raisons sont connues puisque c’est l’œuvre de la nature à travers l’explosion du volcan de Théra-Santorin. Viens ensuite le minoen récent de 1600 à 1100. Voilà pour ce qui est de la chronologie, maintenant penchons-nous de plus près sur la civilisation en elle-même, son système politique et sociétal, son économie, sa culture et sa religion mais aussi son langage.

Les textes manquent concernant la civilisation minoenne. Cette rareté des sources textuelles interdit en plus de cela aux spécialistes de pouvoir déchiffrer le langage pratiqué par la population ou devrait-on dire les langages. Les minoens pratiquent en effet deux langues, « le hiéroglyphe » et le linéaire A. On parle parfois de bilinguisme pour qualifier cette double pratique. Aucun déchiffrement du linéaire A n’a été proposé à ce jour et ne sera probablement jamais proposé. C’est donc sur les données archéologiques que les historiens peuvent s’appuyer pour développer leur thèse.

Fresque minoenne

Les palais sont à n’en pas douter les traces les plus spectaculaires que cette civilisation a laissé. Ces immenses constructions de 1000 à 1250 m² s’organisent autour d’une vaste cour centrale rectangulaire. Les portiques à colonnes monumentaux participent de cette somptuosité. On retrouve ces structures principalement à Cnossos, Phaistos, Malia et Zakros. Ces palais se partagent en différents espaces destinés à différentes activités. Il y a ainsi le secteur où l’on traite des affaires économiques constitué de magasins et d’ateliers. On peut également noter la présence d’appartements privés où résident les membres les plus éminents de la société. Autour de ces vastes ensembles architecturaux se forment des villes. A noter l’absence de remparts qui marque une particularité avec ce que l’on trouvera plus tard dans la civilisation mycénienne.

Malheureusement encore une fois les sources manquent pour avoir ne serait-ce qu’une idée des institutions politiques minoenne. Tout ce que l’on peut dire c’est qu’il semble que la société soit organisée autour d’un roi, un prêtre-roi selon certains qui lui donne des qualifications religieuses. Ces considérations ne découlent qu’au regard de l’emplacement et la structure de certains bâtiments. On a ainsi pensé que la société était dominée par une classe d’aristocrates avec un système d’assemblée (présence de gradin dans certains monuments fouillés). Il ressort de certaines théories l’hypothèse d’un pouvoir théocratique reposant sur une religion très présente.

On a découvert des lieux qui ont toutes les caractéristiques pour accueillir des manifestations religieuses. Ainsi on trouve ce que l’on peut qualifier de table à offrandes, des bassins, des fresques. La civilisation minoenne a à n’en pas douter été une civilisation portée sur la croyance en des divinités. Des objets tels que des vases rituels sont retrouvés dans les palais ainsi que des figurines d’hommes et de femmes représentant des dieux et des déesses. C’est le cas de la fameuse déesse aux seins nus et portant dans chaque main des serpents.

histoire de la grèce
La Déesse aux serpents

L’économie repose sur un système de production centralisé autours du palais. C’est le palais qui dirigent les échanges et cela permet un certain ordre qui fait la puissance économique des minoens. L’activité agricole est prospère du fait de la qualité du terroir ce qui permet amplement une vie en autarcie du moins du point de vue alimentaire. Le surplus agricole est exporté et vendu dans des régions hors de Crêtes grâce à un système de navigation de plus en plus développé.

Cette activité maritime a même poussé Thucydide, célèbre historien grec de l’époque classique, a qualifié la civilisation minoenne de « thalassocratie », c’est-à-dire une civilisation se reposant sur un pouvoir étendu sur les mers. Il est vrai que la civilisation minoenne a eu beaucoup d’influence sur les îles de la mer Egée, en Asie Mineure mais aussi sur le continent. Il y a eu quelques colonies ou comptoirs minoens notamment à Rhodes ou à Milet. Mais il ne faut pas imaginer un empire maritime crétois ou même tomber dans l’anachronisme en comparant cette thalassocratie à ce que connu Athènes durant la Pentécontaétie. Il existe à l’époque des concurrents très sérieux, à savoir l’Égypte et l’Orient.

Cette civilisation ne prend pas fin avec l’arrivée de la civilisation mycénienne mais sa puissance faiblie progressivement. Le linéaire A perdure mais l’arrivée du linaire B redistribue les cartes de l’étude de l’histoire grecque et notamment l’étude de la civilisation mycénienne puisque cette dernière écriture a pu être déchiffrée.

Les Mycéniens, une grande civilisation à la fin mystérieuse

On a vu plus haut qu’une population est venue du nord parlant le grec (linéaire B). On les appelle les Achéens, ils vont être à l’origine de l’une des premières grandes civilisations grecques, la civilisation mycénienne. Ils sont à la recherche de terres plus cultivables et de près, ainsi que de soleil. Il y a une première période de destruction des bâtiments érigés par les populations de l’Age de Bronze. Après avoir submergé les îles de la mer Egée, ils finissent par avoir le dessus sur la Crête. Ils détruisent les palais pour en reconstruire de plus gros.  

Même s’il n’existe pas d’unité à proprement parlé chez les mycéniens, Mycènes fait tout de même figure de capitale. C’est d’ailleurs Homère qui dans l’Iliade décrit la flotte de Mycènes comme la plus puissante. Henri Schliemann au XIXe siècle sera celui qui effectuera les premières fouilles à Mycènes lançant dans le même temps l’épineux débat sur l’existence de la célèbre et mythique « guerre de Troie ».

La civilisation Mycénienne

Le palais mycénien diffère du palais crétois vu précédemment. Et le principal aspect qui frappe les archéologues, c’est la présence d’enceintes, de fortifications et la situation en hauteur (acropole). Le palais de Mycènes constitue un ensemble de 30 000 m² protégé par une enceinte de 900 m. Les murs sont en appareil cyclopéen et peuvent atteindre plus de 8 m de hauteur. C’est dans cet espace ultra protégé que les productions agricoles sont gardées et la population peut même être recluse à l’intérieur des forteresses en cas de guerre. Le cœur du palais est appelé le mégaron tripartite, pièce la plus importante. Autour se dispose de nombreuses salles aux fonctions diverses et variées. Les archéologues ont trouvés dans ces espaces un mobilier luxueux, symbole d’un pouvoir centralisé, dans les mains d’hommes riches.

grèce antique

Un point sur le mur cyclopéen

C’est un mur constitué d’énormes blocs de plus de 7,50 m de large et pesant plus de 10 tonnes. Il peut exister des portes monumentales telles que la Porte des Lionnes à Mycènes. Le qualificatif de cyclopéen vient de la légende qui veut que ça soit des cyclopes géants qui aient construit les murs. L’image ci-dessus représente parfaitement les gros blocs constituant le mur cyclopéen. Cette photo a été prise lors de l’expédition de Heinrich Schliemann à Mycènes. On le voit poser pour la photo en haut à droite de la fameuse Porte des Lionnes.

La description du palais témoigne d’une civilisation guerrière. Et ce n’est pas étonnant quand on connait le type de régime appliqué au sein des palais. La hiérarchie est en effet marquée à son sommet par le roi appelé wanax. Ce dernier possède un terrain appelé téménos et a probablement des fonctions religieuses. Les textes retrouvés sont loin d’être élogieux envers ces rois ou ces princes. Ils sont montrés comme des hommes belliqueux et jaloux les uns envers les autres. On ne s’étonne donc pas de la forte présence de la guerre durant cette période. Ces rois sont souvent aidés par des conseillers, des administrateurs aidant notamment à l’écriture des textes administratifs.

L’économie comme on l’a dit est contrôlée pour la majorité par le palais. Elle se concentre sur l’élevage d’ovins, de chèvres, de cochons mais aussi de bœufs (innovation), ainsi que sur la production de céréales, de vin, et pour le textile de lin et de laine. La production métallurgique bat son plein avec la réalisation d’une multitude d’arme tel que des épées, des chars, des armures, des casques. L’art mycénien est aussi révélateur de la splendeur de cette civilisation avec des statuettes stylisées aux fonctions essentiellement cultuelles. Mais l’une des productions les plus importantes restent la céramique. Elle est le témoin d’une expansion de cette civilisation dans toute la Méditerranée. Les grecs ont parfois repris les anciens comptoirs minoens tels que Rhodes et Milet.

D’un point de vu religieux, la civilisation mycénienne marque l’émergence de nouvelles croyances. C’est une nouvelle conception du monde, de l’homme entouré de sa famille qui permet un meilleur traitement des morts à travers des tombes à fosses plus élaborées qui supplantent les tombes à cistes utilisées depuis lors. Les tombes sont richement ornées et l’on enterre les corps des descendants auprès des ancêtres. Il y a une évolution dans les cultes. Zeus, Héra, Poséidon, Hermès, Athéna, Artémis, Dionysos, Apollon, Héphaistos, Déméter constituent déjà les divinités bien avant qu’elles deviennent les figures centrales de la mythologie grecque.

La fin du monde mycénien, l’une des plus grandes énigmes de l’Antiquité

C’est une question qui ne finira pas d’agiter les débats entre archéologues et historiens spécialisés dans la période mycénienne. Qu’est-il arrivé pour que la grande civilisation mycénienne disparaisse en quelques années pour laisser place à l’époque archaïque vue comme des « âges obscurs ». Nous avons traces de destructions de certains palais comme à Pylos vers 1250 mais aussi à Mycènes ou à Thèbes. On voit des signes de préparatifs militaires signe d’une urgence et d’une insécurité croissante. Mycènes améliore dans ce sens ses forteresses. Après les destructions de certaines villes, elles sont reconstruites souvent en hauteur pour améliorer leur défense. Il est donc clair au vu de tous ces éléments que le monde grec est loin d’être en paix. Les archéologues voient ces destructions comme le résultat de multiples tremblements de terre provoquant des incendies. Dans le même temps la culture de la civilisation perd de sa puissance face à des particularismes locaux toujours croissants. Le système palatial s’effondre. Selon l’expression de James Hooker et Henri van Effenterre, c’est la fin d’un système avant d’être la fin d’un monde.

Plusieurs hypothèses existent alors pour expliquer la fin de ce monde. Elles tournent autour de trois pôles : « mouvement de population, causes naturelles et conflits internes », François Lefèvre. On a ainsi pensé à des invasions doriennes ou à un impact de la guerre de Troie. L’éruption du volcan de Théra a été aussi avancée. Les conflits entre principautés peuvent aussi être la cause de cette fin programmée. Toutes ces hypothèses restent intéressantes mais non pas à être dégagées les unes des autres. C’est en effet probablement la combinaison de plusieurs facteurs qui a influé sur la disparition de la civilisation mycénienne.

Les sources et le linéaire B

Les Mycéniens adoptent un système d’écriture (linaire B) légèrement différent du système crétois (linaire A). Le linéaire B remplacent le linaire A tout en s’en inspirant. C’est donc ce langage que l’on appelle le grec. C’est en tout 5000 textes qui nous sont parvenus souvent brefs sur des vases, des nodules (boulette d’argile) mais surtout sur des tablettes d’argile. Ces dernières ont miraculeusement pu être conservées grâce aux incendies en étant cuites, figées par les flammes. Le nombre conséquent des textes conservés a permis à Michael Ventris et John Chadwick de déchiffrer ce langage en 1952. C’est une découverte primordiale dans l’étude de l’histoire grecque car les seules sources archéologiques ne pouvaient permettre d’en comprendre assez sur ces anciennes civilisations grecques.

Mycénienne

Un point sur Heinrich Schliemann

En 1830, le jeune Heinrich Schliemann du haut de ses huit ans, fils d’un pasteur allemand se passionne pour les exploits homériques de l’Iliade résumés dans l’Histoire universelle pour les enfants. Il décide alors durant sa jeunesse d’apprendre les langues anciennes. Puis après avoir fait fortune en Russie, il se consacre à l’étude précise des textes d’Homère dans le but de prouver la véracité des faits contés par l’énigmatique poète grec. Les 25 000 vers composant l’Iliade et l’Odyssée ne sont plus un secret pour Schliemann et il souhaite à présent en 1868 prouver que la mythique cité de Troie se trouve sous la citadelle turque d’Hissarlik. Une centaine d’ouvrier à sa main se consacre à soulever près de 250 000 mètres cube de terre. C’est ainsi que Schliemann trouve les traces de Troie mais sur les sept niveaux archéologiques présents il se trompe de niveaux dans l’interprétation comme le montrerons les archéologues par la suite. En 1876, Schliemann fouille le site de Mycènes pour y trouver des trésors précieux. C’est un homme essentiellement avide de trésors, de beaux objets et c’est l’une des raisons qui en font l’ennemi des archéologues. Il est en effet loin de préserver l’intégralité des trouvailles privilégiant les plus belles. Il a ainsi durant ses passages détruit énormément d’objets qui auraient pu apporter énormément à l’étude sur la Grèce Antique. Il meurt en 1890 avant de ravager les vestiges crétois.

La fin de la civilisation mycénienne fait entrer la Grèce dans une longue période obscure mal connu des historiens. Cette période archaïque prépare le monde grec des cités qui montrera au grand jour toute ses facettes dans la grande et fabuleuse époque classique apogée de la Grèce Antique. Dans les prochains jours sortira le second épisode de l’histoire de la Grèce Antique, restez connecté.

Écrit par Hugo Thompson.

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