La Restauration trop longtemps ignorée par l’historiographie constitue l’une des périodes essentielles de l’Histoire de France. Elle voit s’affronter la France de la Révolution et la France de l’Ancien Régime. On est ici à la frontière entre la France moderne et la France contemporaine. C’est aussi en quelques sortes la naissance de ce XIXe siècle marquée par l’effervescence de la vie politique, l’émergence de la presse et de l’opinion publique. Cette période est avant tout marquée par la figure de deux rois, les deux derniers bourbons, Louis XVIII et Charles X.

La Restauration
Louis XVIII

Le règne de Louis XVIII : entre libéraux et ultras

L’Empire de Napoléon vit ses dernières heures le 31 mars 1814 avec l’entrée des Alliés (Russes, Prussiens et Autrichiens) dans Paris. Napoléon conserve son titre d’Empereur mais son pouvoir est cantonné aux frontières de la petite île d’Elbe. L’Aigle ne résiste pas aux multiples défections au sein de son clan. Ses soutiens tels que Joseph Napoléon, Marmont ou Bernadotte le lâche dans la tempête et le Sénat proclame sa déchéance le 2 avril 1814.

C’est alors Talleyrand qui prend les choses en main pour voir un retour de la Monarchie. Il négocie avec le Tsar de Russie un retour du frère de Louis XVI exilé en Angleterre, le comte de Provence. Ce dernier prend le titre de Louis XVIII. Le Sénat confirme le 6 avril la volonté de voir Louis XVIII prendre les rênes de la France. Le 3 mai, Paris voit le retour du roi après cette grande période révolutionnaire et impériale. Louis XVIII a compris que la situation de la France n’est plus la même qu’avant la révolution. Il respecte la volonté du peuple de plus de liberté et de représentativité. Il instaure donc à travers la Charte du 4 mai 1814 une constitution qui entre dans le cadre d’une monarchie libérale.

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Un point sur la Charte de 1814 

Rares sont les pays européens à posséder une consitution. Alors est-ce que la France peut aussi s’en passer alors qu’elle vient de connaitre la grande Révolution Française. S’instaure alors un débat où les ultras ne voient pas la nécessité d’une constitution. Le Tsar Alexandre alors dans sa phase libérale défend avec force la mise en place d’une constitution en France. Celle-ci est alors adoptée. C’est un texte de 79 articles qui marque un compromis. Le roi est inviolable et sacré. Il dispose de tout le pouvoir exécutif mais aussi d’une partie du législatif. C’est le chef des armées. Il nomme les ministres. La religion catholique est réaffirmée comme religion d’Etat. C’est en quelques sortes le côté absolutiste de la Charte. Mais dans le principe du compromis, il existe aussi dans cette Charte l’existence de deux chambres, la Chambre des pairs nommé par le roi, et la chambre des députés élus au suffrage censitaire. Ce bicaméralisme se montre tout de même bien faible face aux pouvoir du roi. On est pas dans un régime parlementaire, les ministres ne sont pas responsables devant les chambres. De plus les conditions pour voter sont très restrictives, non seulement il faut avoir plus de 30 ans mais il pouvoir contribuer de 300 francs (cens). Le corps est électoral est donc réduit à 110 000 personnes.

Louis XVIII va connaître un début de règne compliqué marqué par des maladresses. Mais c’est surtout l’éphémère épisode des Cents Jours qui démontre de la faiblesse du pouvoir de Louis XVIII. Napoléon fait son retour au Golfe Juan le 1er mars 1815. En s’installant au Tuilerie le 20 mars, l’Aigle pousse Louis XVIII à fuir vers la Belgique. La défaite de Napoléon durant la fameuse bataille de Waterloo le 18 juin marque la fin de cet éphémère retour de l’Aigle. Les Anglais exilent l’ancien empereur français sur l’île de St Hélène. La monarchie constitionnelle est rétablie le 8 juillet et Louis XVIII retrouve son poste dans un climat de tension palpable. Et pour cause, Talleyrand et Fouché sont qualifiés par Chateaubriand « de vice et de crime ». Ce dernier est d’ailleurs à la tête d’un nouveau ministère.

La France est alors occupée dans 61 départements par 1,2 millions de soldats de la coalition. Cette occupation est marqué jusqu’en 1818 par des vols, des saccages, des réquisitoires, des humiliations. Une indemnité de guerre de 700 millions est imposée par les vainqueurs. Le 22 août 1815, les élections législatives marquent un retour en force des ultra-royalistes qui obtiennent 350 sièges sur 402 à la chambre des députés. C’’est alors un climat de guerre civile que connait la France. La Terreur blanche marque une répression et une traque à l’encontre des bonapartistes. La chambre qualifiée « d’introuvable » par le roi prolonge la Terreur blanche par une terreur légale. 70 000 personnes sont arrêtées pour « délit politique » et de grands procès s’ouvrent. L’ombre de l’Ancien Régime plane sur le Restauration avec près de 500 ancien ducs et pairs durant le règne de Louis XVI tels que La Rochefoucauld ou Polignac.

Un point sur la scène politique durant la Restauration 

La vie politique est marqué par la présence de trois grands partis qui prennent le plus de place dans les débats : Les Ultras, les Constitutionnels ou Doctrinaires, et les Libéraux ou les Indépendants.

    • Les Ultras : menée par Louis de Bonald et Joseph de Maistre, ce mouvement se repose sur une nostalgique déterminée de l’Ancien Régime. Ce sont tous les acquis révolutionnaires qui sont remis en cause à commencer par la liberté d’expression. L’Eglise doit être de nouveau omniprésente dans la société et ce n’est pas étonnant alors de voir des organisations telles que les Chevaliers de la foi soutenir le mouvement. On l’a vu si leur importance dans la totalité de la France est faible, le système du vote censitaire leur permet de prendre une place importante à la chambre. Il se repose sur une presse ardente (La Quotidienne, Le Conservateur, Le Drapeau blanc …) avec des écrivains de renom tels que Chateaubriand. Les Ultras sont plus royalistes que le roi. Ce n’est pas le cas des Doctrinaires plus modérés.
    • Les Constitionnelle ou Doctrinaires : c’est un mouvement royaliste plus modéré soutenu par la bourgeoisie industrielle. Soutenue par des hommes politiques importants comme Richelieu, Decazes ou Guizot, ce mouvement hostile à la démocratie ne veut pas pour autant rompre avec toutes les idées de la Révolution Française. Se basant sur le droit et la raison, il représente la classe bourgeoise montante. Il repose aussi sur une presse active avec des journaux influents tels que Le Moniteur ou le Journal de Paris.
    • Les Libéraux ou Indépendants : défenseur des idées des Lumières, ils se battent à l’assemblée où ils sont de plus en plus influents pour l’instauration d’élément démocratique dans le système politique en place. Outre leur attaque contre l’Eglise trop influente selon eux, ils travaillent au développement d’un libéralisme économique et social. La Fayette, Benjamin Constant ou encore Casimir Perrier figurent parmi les leadeurs de ce mouvement soutenu aussi par des journaux comme La Minerve ou Le Constitutionnel tiré à 17 000 exemplaires. En plus de chansonnier comme Béranger, et de pamphlétaire comme Paul-Louis Courrier, ce sont des sociétés secrètes qui peuvent parfois être en soutien des libéraux. C’est le cas de la Charbonnerie qui a pour objectif principale de renverser les Bourbons par l’insurrection.

les doctrinaires au pouvoir

La période s’étendant de 1816 à 1820 voit au gouvernement la présence des Doctrinaires. On peut parler de parenthèse centriste durant laquelle le régime s’ouvre légèrement à plus de démocratie. Louis XVIII veut mettre fin à la terreur légale. C’est dans ce sens qu’il dissout le 5 septembre 1816 la Chambre. Richelieu est nommé à la tête du gouvernement et il obtient une majorité de Doctrinaires à l’assemblée (150 sur 258). S’ensuivent alors l’application de deux lois électorales importantes : la loi Lainé et la Loi Gouvion-St-Cyr. La première votée en 1817 fixe le cens mais recadre surtout le vote dans le chef-lieu du département ainsi qu’un suffrage direct, tout cela dans le sens d’une élection d’une bourgeoisie urbaine. La seconde loi réforme l’armée en mettant en place le système de la conscription par tirage au sort, un service de six ans ainsi que l’avancement à l’ancienneté et au mérite qui joue donc contre la noblesse. Elie Decazes, ancien ministre de la Police, franc-maçon et bonapartiste prend la suite de Richelieu et se montre comme l’ennemi des royalistes avec sa célèbre formule « Royaliser la nation et nationaliser les royalistes. ». Il est au pouvoir de décembre 1818 à février 1820. Son mandat est marqué notamment par la loi Serre de 1819 libéralisant la presse en simplifiant les conditions pour créer un journal. La censure est limitée à tel point que la liberté d’expression devient trop presque trop forte aux yeux de Decazes lui-même.

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Jospeh de Villèle

Le gouvernement Villèle prépare l'arrivé de Charles X

Le 13 février marque un tournant puisque l’héritier au trône, le duc de Berry comte d’Artois est assassiné par l’ouvrier Louvel. Cela marque la fin de l’ouverture et le retour de Richelieu. Les Ultras profitent de cet évènement pour évincer les Doctrinaires du pouvoir. Les premières lois répressives sont votées tel que la suspension de la liberté de la presse ainsi que de la liberté individuelle. Les manifestants que ce soit les ouvriers des faubourgs ou les étudiants parisiens, toulousains et rennais sont réprimés. Par une loi électorale (loi du « double vote »), les Ultras deviennent le premier parti à l’assemblée. Le tour réactionnaire de la politique gouvernementale est alors encore plus accentué. L’année 1821 marque le début du gouvernement Villèle, l’un des plus longs du XIXe siècle (6 ans). Le comte de Villèle gère d’une manière très orthodoxe le ministère de l’économie. Chevalier de la foi, ce dernier est donc un grand défenseur de l’Eglise. C’est ainsi qu’il suspend certains cours à l’ENS ou les cours de François Guizot jugés pas assez catholique. Pratiquant une politique très répressive envers la presse d’opposition, les délits de presse se règlent désormais en correctionnel, une manière de mettre la pression sur les journaux et à fortiori leur rédacteur. La Charbonnerie constitue l’ennemi de Villèle qui tend à la réprimer en faisant exécuter ses chefs. En pratiquant une réforme du système électoral en sa faveur, il s’assure pour longtemps, 7 ans exactement avec la loi de septennalité de juin 1824 le soutien de la chambre en plaçant notamment 415 monarchistes dont 120 chevaliers de la foi, c’est la « chambre retrouvée ».

Qui de mieux alors pour représenter et accentué ce caractère réactionnaire de la politique de Villèle qu’un Ultras sur le trône en la personne de Charles X.

Le règne de Charles X : « Allons, finissons-en, Charles attend »

Louis XVIII aurait décoché cette phrase à ces médecins sur son lit de mort. Le premier roi de la Restauration meurt le 16 septembre 1824. C’est son frère le comte d’Artois qui lui succède. Son sacre royal dans la cathédrale de Reims le 29 mai 1825 à l’âge de 73 ans témoigne parfaitement de ce vieux personnage réactionnaire, contre-révolutionnaire qui veut le retour de l’Ancien Régime. En avril 1825, il octroie des compensations financières à ceux qui ont été lésé durant la Révolution, c’est la loi du « milliard des émigrés ». L’instruction publique retombe sous la politique de Mgr Frayssinous sous l’égide de l’Eglise. Chaque professeur doit témoigner de son bon comportement catholique. Dans ce sens, les Jésuites sont autorisés en 1828. Un vol dans une église est désormais passible de la peine de mort.

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Charles X

Il ne faut évidemment pas croire que cette politique de Villèle soutenue par Charles X ne révèle pas des dissensions et des oppositions même au sein de la droite. La chambre des Pairs fait de plus en plus de bruit depuis 1826 et s’en prend souvent au gouvernement quant à la politique menée. Cela creuse les différences et de nouveaux hommes politiques tels qu’Adolphe Thiers émergent. C’est souvent lors de funérailles que l’opposition montre son unité. Dans une perpétuelle « politique du pire », Charles X et Villèle procède à des lois et des décisions politiques de plus en plus extrêmes. En juin 1827, la garde nationale est dissoute tandis qu’en novembre la Chambre des députés est dissoute. Villèle pensant prendre de cours l’opposition est battue par l’opposition notamment Guizot qui avait fondé la société Aide toi, le ciel t’aidera dont le but est de vérifier les listes électorales. Royer Collard, libéral confirmé devient président de la Chambre. Villèle quant à lui démissionne le 4 janvier 1828.

Charles X va alors opté pour un double jeu dangereux. Tout d’abord pour apaiser quelques peu les tensions, Charles X nomme Martignac ancien ministre sous Villèle pour diriger un nouveau gouvernement. L’avocat bordelais est alors dans une position délicate entre un roi hostile et une chambre méfiante. Martignac révise les réformes de Villèle sur le poids de l’Eglise dans l’instruction ainsi que sur la liberté de la presse. Cette politique du juste milieu ne peut satisfaire les Ultras ou les Libéraux. C’est une énième réforme électoral qui précipite sa chute.

Le roi nomme donc Polignac comme chef du gouvernement, un prince émigré lors de la Révolution, chevalier de la foi ou encore Bourmont comme ministre de la guerre. C’est une épreuve de force que tentent d’imposer Charles X. En mars 1830, l’impopularité du gouvernement et surtout l’évènement du discours du trône précipite la chute définitive de la dynastie des Bourbons. Charles X en réponse à l’Adresse au roi signée par 221 députés et rédigé par Royer Collard (libéral) dissout l’assemblée. Les nouvelles élections législatives renforcent encore un peu plus l’opposition. Charles X au lieu de tendre vers un compromis fonce tout droit vers le mur, en l’occurrence la révolution de 1830.

"La Liberté guidant le peuple" d'Eugëne Delacroix

Charles X en bon roi respectant la charte de 1814, décide d’appliquer l’article 14 et le 25 juillet il suspend la liberté de la presse, dissout la chambre une nouvelle fois, modifie la loi électorale et organise de nouvelles élections pour septembre. L’histoire va se régler dans la rue, les députés ne voulant pas transgresser la loi. C’est ainsi plusieurs centaines d’ouvriers typographes qui lancent les Trois Glorieuses. Le 28 juillet, Cavaignac suivit par les étudiants de Polytechnique organisent une insurrection. C’est un affrontement entre 10 000 insurgés contre 8000 hommes commandés par le Maréchal Marmont qui prend place à Paris. Pendant que des barricades sont construites, l’Hôtel de Ville est assiégé. Aux champs de la Marseillaise et aux couleurs du drapeau tricolore, après le refus de Charles X de retirer ses ordonnances, les Tuileries et le Palais Bourbons sont pris le 29 juillet. Définitivement la période la Restauration est terminée aux sons des cris des révolutionnaires. Adolphe Thiers se précipite pour appeler le duc d’Orléans et empêcher ainsi la mise en place de la République qui fait encore peur même chez les libéraux. Le 30 juillet, le duc d’Orléans arrive à Paris et accepte de devenir roi des français. Charles X abdique le 2 août en tentant de faire subsister les Bourbons le duc d’Orléans devenu Louis Philippe I menace Charles X et l’oblige à fuir vers l’Angleterre. Louis Philippe I apparaissant avec la drapeau tricolore obtient un certain soutien populaire mais le régime qui se met en place sous le nom de Monarchie de Juillet ne diffère que très peu du régime précédent. C’est dans la politique menée que les choses vont évoluer.

Écrit par Hugo Thompson.

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