La noblesse ne représente dans la société française d’Ancien Régime que 1 à 2 % de la population. Elle constitue pourtant le second rang dans l’ordre social, l’ordre des bellatores. L’histoire de la noblesse remonte en France à l’époque médiévale. Ici nous allons uniquement nous intéresser à la noblesse de la France Moderne à travers notamment sa pluralité. Car oui la noblesse de la France moderne est plurielle. Ce sont donc les noblesses qui sont décrites dans cet article à travers plusieurs points.

histoire de la noblesse
Salon de Madame Geoffrin par Charles Lemonnier (1812)

La diversité et la disparité de la noblesse

L’identification de la noblesse

   On identifie souvent un noble par sa particule mais elle n’est pas exclusive à la noblesse. Ainsi un membre du tiers état peut avoir une particule même si c’est rare et inversement un membre de la noblesse peut ne pas avoir de particule. C’est une idée reçue encore tenace de nos jours.

   Le véritable moyen officiel pour identifier un membre du milieu nobiliaire, c’est évidemment le titre de noblesse. Il en existe un certain nombre qui constitue une hiérarchie dans la noblesse. Ainsi il y a tout d’abord les titres militaires : l’écuyer et le chevalier. L’écuyer est un jeune noble éduqué par le chevalier, un noble plus âgé présent aux côtés du roi au sein de parlements notamment.

   Les autres titres sont en rapport à la terre reçue par le noble. Il y en a là aussi de différentes sortes plus ou moins prestigieux dans la hiérarchie nobiliaire. Le baron possède une baronnie, le comte possède un comté, le marquis possède un marquisat et le duc possède un duché. La hiérarchie est la suivante : Roi > Princes de sang > Ducs > Marquis > Comtes > Vicomtes > Barons. Il existe par ailleurs un titre, la pairie permettant à un duc de devenir duc et pair et de monter encore plus dans la hiérarchie.

Vous pouvez retrouver sur le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, la définition précise de la Noblesse.

La noblesse d’épée et la noblesse de robe

   L’histoire de la noblesse, c’est aussi l’histoire de l’Ancien Régime, une histoire de conflits sociaux, une histoire de hiérarchie. Ainsi la noblesse est multiple et on parle plutôt de noblesses que d’une noblesse. Les tensions en son sein sont fortes à commencer par le duel entre la noblesse d’épée et la noblesse de robe.

   La première est plus ancienne donc plus prestigieuse. Elle découle de l’ordre médiéval des bellatores. Elle sert dans l’armée même si sa présence représente seulement un tiers des soldats. Elle occupe cependant les plus hauts grades. Cette noblesse se sent supérieure à la noblesse de robe, et ne la reconnait que comme un ensemble de bourgeois.

   Et pour cause, la noblesse de robe est plus récente même s’il existe des familles anciennes. Elle occupe les hauts postes de l’administration comme être officier du roi, ou officier des cours souveraines. Ces nobles sont souvent des bourgeois qui ont acheté une charge leur permettant de rentrer dans le second ordre. Malgré un certain mépris existant entre ces deux noblesses, des alliances matrimoniales se forment parfois.

Une disparité sociale

   Ce qui frappe les historiens modernistes lorsqu’ils se penchent sur le train de vie des nobles, c’est la très grande disparité sociale et économique. Certes leur appartenance à l’ordre nobiliaire ne dépend pas de leur revenu mais l’argent et le patrimoine participent fortement à former une fois de plus une hiérarchie sociale au sein du second ordre. Entre un petit noble auvergnat aux faibles revenus et les princes de sang cousins de la famille royale, c’est le gouffre tant économiquement que socialement. Les uns possèdent des châteaux, plusieurs terres et des hôtels particuliers tandis que les autres habitent de modestes maisons en campagne et se rattachent férocement à leur titre.

   Tout en haut se trouvent donc les princes de sang, Bourbons, Condé, Conti avec des fortunes s’élevant à plusieurs millions de livres. En dessous se trouvent les princes étrangers, ducs et pairs comme les Luxembourg et les Gonzague-Nevers. En 1695, un impôt la Capitation est mis en place avec plusieurs tranches selon les revenus. Cela permet de voir clairement la disparité économique du second ordre. En effet, il y a des nobles évidemment dans la première tranche mais des petits nobles sans fief ni château sont présents aussi dans la 19ème tranche aux côtés des petits artisans.

Voir aussi l’article sur le siècle des Lumières

Comment devient-on noble ?

La transmission par le sang

   Comme on l’a vu avec la noblesse d’épée, plus la noblesse est ancienne et remonte aux tréfonds du Moyen Age plus elle est prestigieuse. C’est ce que l’on nomme la noblesse immémoriale. Comme il est compliqué à l’époque de réunir les preuves d’une vieille noblesse, des arrangements généalogiques peuvent être courants dans l’Ancien Régime. Dans ce même principe des théories raciales voient le jour lorsqu’il faut définir les origines de certaines familles. Ainsi certains nobles disent descendre des guerriers francs qui avaient fait la conquête de la Gaule au Ve siècle.

Heureux âge ! Age d'or de Antoine Watteau (1720)

   La première manière de transmettre sa noblesse, c’est par le sang. Les fils et filles d’un homme noble sont nobles. Cela ne marche pas avec les enfants d’une femme noble. Par ce principe spécifique à la France, un phénomène apparaît vite. En effet les nobles désargentés se marient avec de riches roturières apportant une riche dot. Cela permet à l’homme de s’enrichir et à la femme de monter dans le second ordre. On dit que le noble « fume ses terres ».

La noblesse d’usage ou noblesse coutumière

   Cette noblesse d’usage relève d’un processus social lent s’étalant sur plusieurs générations. Pendant plusieurs décennies, on vivait comme un noble après avoir acheté une seigneurie. Le respect de la population locale et l’hommage envers les seigneuries permettaient enfin à ces membres du troisième ordre de passer dans le second. C’est ce que l’on appelle la noblesse à « la Tierce Fois ». C’est un processus interdit à partir de 1579. Les enquêtes se multiplient par la suite et certains nobles sont retombés dans le tiers état. Le roi veut montrer que c’est lui seul le contrôleur de l’anoblissement.

Le roi, contrôleur de la noblesse

   La royauté est une source importante d’anoblissement. Elle veut montrer que c’est elle qui contrôle et décide ceux qui sont anoblis. Comme on l’a vu le roi supprime la noblesse coutumière. Mais ce dernier ne fait pas que supprimer, il anoblit aussi avec notamment des lettres de noblesse. Ces lettres récompensent les savants, les écrivains, les militaires, les médecins. Elles peuvent être annulées quand l’Etat à besoin d’argent et donc de contribuables (les nobles ne payant pas ou peu d’impôt).

   L’achat de charges anoblissantes est très couru au sein de la bourgeoisie. On devient alors noble directement avec les offices les plus chers (Conseiller, Secrétaire du roi) ou après plusieurs années passées dans un même office. La création d’offices va de pair avec le développement de l’appareil d’Etat. Le Royaume a besoin d’argent et la vente des offices pallie ce manque. Ainsi l’Etat vend beaucoup d’offices et donc c’est l’arrivée de nombreux nouveaux nobles.

La noblesse : une histoire de privilèges

Les idéaux de la noblesse

   Comme on l’a dit la noblesse sous l’Ancien Régime a toujours le profond sentiment d’appartenir à une race d’hommes supérieures, capable de gouverner les autres et surtout d’occuper de hautes fonctions. Ce sentiment est accompagné d’un refus de se mélanger avec les autres et notamment le troisième ordre. Ce principe tombe vite quand il s’agit de redorer le compte familial. C’est ce que l’on a vu avec le mariage entre un noble et une riche roturière.

   La noblesse du XVIIe siècle est une noblesse qui rêve du passé glorieux. Elle voit dans le présent, une lente décadence de la société où la noblesse de robe prend de plus en plus d’importance.

   Les nobles se sentent avant tout membre de l’ordre des bellatores. Le courage et les qualités guerrières sont l’idéal pour un noble. La noblesse est généreuse, prodigue à la différence des bourgeois vénaux. Un autre aspect caractérise les principes identitaires de la noblesse, c’est la réception des amis sous forme de fêtes, de salons, de banquets. Un noble dépense beaucoup d’argent pour satisfaire ses amis et garder un cercle social ainsi qu’une prestance.

   Enfin l’honneur est essentiel pour un noble. Une insulte est une ignominie qui doit être réglée par les armes sous forme d’un duel. Il y a eu sous l’Ancien Régime beaucoup de duels, trop selon la monarchie qui les a interdits en jugeant ses duels comme ignobles.

Les privilèges et les avantages

   Si autant de bourgeois veulent devenir nobles ce n’est pas juste pour passer d’un ordre à l’autre. Ils veulent en effet accéder aux nombreux privilèges dont jouissent les nobles. Certains de ces privilèges ne sont qu’honorifiques à l’image des armoiries, héritage des blasons portés sur les boucliers. Le droit de timbre et le droit de porter l’épée de côté font aussi partie des honneurs.

   Là où ça devient plus intéressant pour un nouveau noble, c’est lorsqu’il jouit de privilèges juridiques. Ainsi depuis l’Edit de Crémieu de 1537, un noble échappe aux prévôtés (la juridiction de base). Lorsqu’un noble est condamné à mort, il a le droit d’être décapité au lieu d’être écartelé sauf pour un crime de lèse-majesté où l’écartèlement est inéluctable.

   Les privilèges les plus intéressants résident dans la fiscalité. En effet, les nobles sont exemptés de la taille car leur impôt est le sang versé au combat.

Caricature anonyme de la société inégalitaire d’Ancien Régime (1789)

  Outre les privilèges écrits dans la loi, les nobles profitent de nombreux avantages. Et c’est d’abord dans les corps de métiers que c’est le plus flagrant. Les nobles sont avantagés dans le recrutement pour les grands offices comme les ministères, les grandes charges militaires ainsi que les grandes fonctions religieuses.

Le mode de vie dans la noblesse

La vie à la cour

   Un noble est censé séjourner à la cour, histoire de se montrer. Il existe dans celle-ci des fractions sur lesquelles joue le roi pour faire passer telle ou telle réforme. La cour est un système complexe que le roi doit savoir maitriser.

   La jalousie est portée à son paroxysme entre les « logés » et les « présentés ». Les preuves de noblesse sont essentielles pour pouvoir faire certaines choses comme monter dans le carrosse du roi. On doit maitriser la culture de la cour, c’est-à-dire savoir manier la politesse et l’insolence avec élégance.

Les manoirs, les châteaux et les hôtels

   Avant d’atteindre les villes au XVIIIe siècle, les nobles vivent dans des châteaux et des manoirs à la campagne. Le manoir n’est qu’une riche maison à l’époque moderne. C’est le château qui va apporter aux nobles le sentiment de supériorité sur la société et plus particulièrement sur les paysans vivant autour. Le confort devient une caractéristique importante ainsi que le luxe. De grandes tapisseries décorent somptueusement les murs ainsi que tout un mobilier majestueux. L’apparat est essentiel pour garder une bonne image et une réputation dans le cercle nobiliaire. Ainsi il va y avoir dans le château des salles pour recevoir des amis, une salle pour la famille et une salle pour les domestiques. C’est dans le château noble que peut apparaître parfois un cabinet de curiosité où l’on se rencontre, où l’on médite et partage ses connaissances. En soi un noble tente d’imiter la cour royale en se formant un cercle d’amis, de clients et de fidèles. Nous pouvons mesurer notre propos en signifiant que tous les nobles ne sont pas riches. Parfois certains châteaux tombent en ruine par manque de moyens pour les entretenir.

   A la fin du XVIIe siècle, début XVIIIe, il y a l’apparition avec le développement des villes de grands hôtels particuliers. Entourés de hauts murs, ils contiennent une cour d’honneur et un beau jardin. Le confort dans les châteaux est recherché mais pas assez satisfaisant pour les élites du XVIIIe siècle. Elles veulent des salles mieux chauffées et mieux éclairées. L’entrée de la lumière dans ce siècle des Lumières a évidemment un aspect symbolique. Ainsi les miroirs sont multipliés dans l’hôtel. Le XVIIIe siècle voit aussi se multiplier le petit mobilier, le fauteuil, ou encore les petites boites, coffrets et bibelots.

   Le XVIIIe siècle est marqué également par les maisons secondaires pour les nobles vivant en villes et notamment à Paris. Ils se font construire des maisons de plaisance telles les chartreuses à Bordeaux ou les malouinières en Bretagne.

Les activités de la noblesse

   La chasse est une activité très plaisante pour un noble et seul les membres du second ordre peuvent la pratiquer. Depuis 1669 la chasse est interdite aux roturiers. Le développement des armes à feu et des techniques de chasse permet une diversification de la chasse à travers de nouvelles cibles comme les sangliers.

Histoire de la noblesse
Le Déjeuner d’Huitres par Jean François de Troy (1735)

   Le ballet est très populaire dans les milieux nobles et notamment à la cour. La danse, la musique, la poésie et la peinture se mélangent pour donner des représentations grandioses au roi et à sa famille. Comme quasiment toutes les activités nobles dans la France moderne, la danse doit savoir être pratiquée. Elle rentre totalement dans l’éducation du noble. Connaître les pas de danse sophistiqués et populaires permet de garder une certaine stature devant les autres. Aller à l’opéra, au théâtre, dans les salons et les sociétés savantes sont pour un noble une manière de se montrer et de garder une réputation. Ce sont des lieux de sociabilité.

   Les jeux sportifs permettent pour les nobles de tuer l’ennui. Tout d’abord on peut noter la présence logique de jeux chevaleresques comme le jeu de l’écu accroché à un poteau qu’un chevalier doit transpercer avec sa lance en étant lancé à tout vitesse, ou la course de la bague (exercice complexe de cavalier). D’autres jeux sont cependant d’avantage pratiqués car moins durs. C’est le cas du jeu de paume qui se rapproche du tennis et de la pelote basque. Ensuite le billard fait son apparition dans les salons car on peut y jouer sans avoir à porter des vêtements légers.

   Les jeux intellectuels sont aussi très présents dans la vie des nobles. C’est le cas bien évidemment des jeux d’échec ou de dames ainsi que les jeux de cartes où de l’argent est misé.

L’habit fait le moine

   Comme le souligne Daniel Roche, célèbre historien français, la noblesse est la civilisation des apparences. Être noble, c’est avant tout paraître noble. Commençons par les coiffures et leur hauteur extravagante au XVIIIe siècle. Il y a l’apparition des perruques pour les hommes.

   Le vêtement est le principal élément de l’identification sociale. Son évolution est bien représentée dans les nombreux portraits et tableaux de l’époque moderne. C’est un véritable objet de luxe où se disposent des pierreries, des dentelles, des broderies et des tissus. La blancheur du tissu montre ceux qui peuvent changer de vêtement quotidiennement. Même si certains nobles ne se distinguent guère des roturiers, leurs habits se développent de plus en plus au cours des XVIIe et XVIIIe siècle. L’hygiène corporelle laisse cependant à désirer et l’odeur est cachée par le fort usage de parfum. Le parfum est également un marqueur social.

L’Escarpolette de Jean Honoré Fragonard (1768)

  La noblesse est l’ordre le plus puissant du royaume à travers la force de la mémoire des chevaliers médiévaux mais aussi à travers les nombreux privilèges et avantages dont elle jouit. Cependant les nobles ne sont pas tous fortunés ou avantagés de la même sorte. Il existe une grande disparité sociale qui est caché par une culture de l’apparence importante. Durant l’époque moderne la noblesse a beaucoup changé, passant d’une attitude frondeuse au début du XVIe siècle à une attitude plus policée, soignée et éduquée au XVIIe et XVIIIe siècle.

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