On a longtemps vu ou voulu voir une continuité dans la vie politique entre la Révolution française, l’Empire et la période des dernières monarchies. Mais aujourd’hui on tend à montrer de grands changements qui ont trait à une démocratisation croissante de la France à travers la naissance du concept complexe d’opinion publique. Nous allons ici étudier ce qui relève de ses changements dans la vie politique autour des nouvelles figures tel que les parlementaires mais nous parlerons aussi du développement de la presse et enfin nous commenterons la violence et les nouvelles formes de manifestation qui font entrer les classes populaires directement dans le débat.

XIXe siècle
"La liberté guidant le peuple" d'Eugène Delacroix

Un nouveau visage de la scène politique

La propagande royale

La charte de 1814 est à n’en pas douter un texte coloré des idées de 1789. Mais ce n’est pas pour autant que la monarchie est oubliée. Louis XVIII va de ce pas vouloir « renouer avec la chaine des temps », rompre avec cette attaque contre le roi issue de la révolution, en d’autres termes « rétablir la dignité royale » (Sylvie Aprile). Et pour cela, pour se faire aimer, la royauté à travers la famille royale va élaborer en plus des moyens classiques de nouvelles manières de plaire, de nouvelles formes de propagandes jusqu’à même être qualifié de « monarchie sentimentale ».

Louis XVIII revient en France comme un père « essuyant les larmes des français ». Cette image de la paternité affirme une hiérarchie mais aussi et surtout l’image d’un roi protecteur de la nation. C’est une réconciliation plus qu’une restauration. Il y a une volonté de créer un cocon familiale au sein de la nation avec des termes comme le divorce utilisés dans les débats. On joue beaucoup sur le registre de l’émotion, sur le mélange du public et du privé. Ainsi quand un homme proche du roi meurt c’est un ami du peuple qui s’en va, qu’il faut pleurer aux côtés du roi. Toute cette manigance cache un terrible manque de légitimité du pouvoir. On instaure en janvier 1816 le concept de deuil national pour certaines dates. On bouge les cendres d’un tel, on inaugure un lieu de mémoire d’un autre. C’est ainsi que Charles X à travers un monument à la mémoire de Louis XVI réinstaure les modèles monarchiques et réhabilite grandement le rôle de l’Eglise.

Sylvie Aprile souligne l’importance de la figure féminine au sein de la famille royale. Une importance dans la propagande royale à travers la figure de la veuve, symbole du malheur mais aussi symbole de la continuité dynastique puisque c’est elle qui reste. A travers de nombreux ouvrages, on exalte la force de ses femmes ayant vécu tous les drames et comment ne pas penser alors à Marie Thérèse de France dit Madame Royale, la fille de Louis XVI, ayant perdu ses parents, ses frères, mais aussi son mari. Elle est le seul membre de la famille royale rescapée de la Révolution française. La duchesse de Dino affirme : « c’est, incontestablement, la personne la plus poursuivie par le sort que l’histoire puisse offrir ». Cette situation participe de cette propagande royale en victimisant en quelques sortes la famille royale.

La Restauration
Charles X

Enfin la question du sacre est sujet à débat chez les historiens. Nous avons du mal en effet à mesurer la réception de la population vis-à-vis de ce sacre pratiqué uniquement par Charles X mais imaginé toute de même par Louis XVIII. Charles X va droit au but et choisit Reims comme ville du sacre. Pensant alors renouer avec les anciennes traditions, il n’a cependant pas l’adhésion de l’opinion et les écrits de l’époque sont très critique envers cet évènement. Béranger est même condamner à 9 mois de prison pour avoir caricaturer le sacre dans sa chanson Le sacre de Charles le Simple. Cela fait partie des grands échecs de la propagande royale.

Louis Philippe qui ne peut se reposer sur un sacre n’ayant pas de légitimité par l’hérédité doit aller chercher sa légitimité directement auprès du peuple par des voyages officiels. Le contact direct avec la foule qui l’acclame impressionné de voir le roi si loin des campagnes à l’habitude. Ce sont des belles images ainsi que des images symboliques avec la revue de la Garde nationale locale. Les attentats ont raison de ces sorties qui deviennent risquées et donc de plus en plus rares. Ce sont alors les fils de Louis Philippe qui font perdurer cette nouvelle forme de propagande.

Les nouveaux visages de la vie politique : les parlementaires

Le parlement et par-delà le parlementarisme constitue les véritables nouveautés de la vie politique française. Ajoutant à cela la pratique du gouvernement représentatif, on a dès lors tout un nouveau système se reposant aussi sur la notion d’opinion publique. En effet, il ne suffit plus ici de gouverner mais de convaincre par des discours tenus dans de grands débats dans les chambres que ça soit celle des pairs que celle des députés. Mais outre les débats, c’est l’action directe des débutés auprès des élus locaux qui doit être souligné. C’est la partie immergé de l’iceberg. Il y a une multitude de commission et de projet étudiés en retrait médiatiquement.

Il existe comme on l’a dit deux chambres : la chambre des pairs et la chambre des députés. Commençons par parler de la première. La Chambre des pairs a suscité beaucoup de question tant chez les contemporains que chez les historiens du XXe siècle. Les membres nommé par le roi sont en effet source de polémique de par leur origine, est-ce qu’ils sont des nobles d’Ancien Régime, d’Empire, ou de nouvelles élites, de part aussi leur âge, on a souvent dit qu’il était âgé ce qui est à nuancer (moyenne d’âge de 53 ans). Quand un François Guizot cherche à défendre l’existence de cette Chambre, un Victor Hugo ou un Chateaubriand tente de la discréditer. Il y a eu une volonté durant la Restauration de restaurer une noblesse foncière mais aux yeux des français c’est moins l’hérédité que la capacité qui est inhérent à un homme politique compétent. Ce n’est pas pour autant que la Chambre gagne en légitimité quand on voit la grande présence de grands notables dans l’hémicycle ce qui suscite les critiques de penseurs tel que Saint Marc Girardin.

XIXe siècle
Caricature de la Chambre des députés par Honoré Daumier

Les députés constituent un autre corps politique bien différent des pairs. Même si on l’a vu dans les articles sur la Restauration ou sur la Monarchie de Juillet, il existe une multitude de mouvement tel que « les Ultras » et les « Constitutionnels », il ne faut pas croire que les différences de clans traduisent des différences profondes d’opinion. On voit souvent des ralliements tout bonnement opportunistes dans le but de montée dans la hiérarchie, de bien se positionner, etc… D’ailleurs Alain Corbin ne s’y trompe pas quand il est amené à dresser une typologie des députés. Il ne se concentre en effet pas sur les opinions des députés mais plutôt sur leur origine. Il retire alors trois types de députés : le Parisien confirmé connaissant les rouages du milieu politique et séduisant les petites bourgades de province, le provinciale monté à Paris connaissant aussi bien les rouages passant le plus clair de son temps dans la capitale, et enfin le petit bourgeois de province, « le notable de clocher » (S. April). On voit alors de former une dichotomie du paysage politique entre les députés appliquant une pensée basé sur une vision nationale et les députés défendant leur localité. « L’analogie Paris-nation-abstraction s’oppose donc à Province-local-concret. » (S. April).

Le rôle d’un député : « influer sur les délibérations » (F. Guizot) mais par quels moyens ?

Comment influer sur les délibérations ? En parlant tout simplement, ou plutôt en s’exprimant, en argumentant mais surtout en performant un discours. Que ça soit à la Chambre des députés ou plus rarement dans les universités le discours est omniprésent et constitue le fondement de la communication politique. Cela relève d’un véritable art oratoire qui n’est pas sans rappeler les orateurs grecs. Ici plus question de Pnyx mais d’assemblée des députés. Parler devant tous les parlementaires présents demande un certain courage mais aussi une certaine rhétorique moderne débarrassée de tout élément classique qui pourrait rendre le discours « vieillot ». « Les passions politiques sont d’abord des conflits de discours » nous dit Sylvie Aprile. Et certains députés se remarquent vite à l’assemblée comme de véritable professionnel du phrasé. On pense tout d’abord au Démosthène français, le général Foy mais aussi à Benjamin Constant.

Outre le discours, la pétition est une marge de manœuvre très utilisée par les députés. Elle ne se fait qu’à l’écrit sans présence humaine lors de la remise à l’exécutif. Elle permet d’une certaine manière pour les députés d’empiéter un peu sur le pouvoir exécutif via un certain contrôle des ministres. La pétition au même titre que l’adresse au roi (héritière des remontrances d’Ancien Régime) peut parfois déboucher sur des lois.

Les salons et la sociabilité mondaine

La grande floraison d’idéologies politiques au XIXe siècle constitue très probablement l’immense intérêt de ce siècle où se confrontent une multitude de pensée, de vision du monde. Cela donne lieu à des débats intéressant, parfois polémique souvent tenu dans des salons. C’est là qu’émergent certaines idées dans l’esprit des intellectuels de ce temps. C’est là que ce se confrontent les avis et les réflexions sur la société. Le plaisir de parler librement n’est qu’accentué par la présence récente de cette longue période de silence marquée durant les années napoléoniennes.

La figure féminine est restée au fil du temps. On se souvient au XVIIIe siècle du salon de Mme Geoffrin immortalisé sous le pinceau de Lemonnier. Au XIXe siècle, c’est autour de Mme de Trémoille ou de la duchesse de Broglie que les intellectuels se rassemblent. Les salons sont souvent dominés par une tendance politique même s’il n’est pas rare de voir un mélange des mouvements. Cependant ils sont parfois de véritable centre de commandement pour préparer les stratégies à appliquer à l’assemblée, on y prépare les contre-offensives, ect…

L’émergence de la presse

Marqueur de la contestation, outil d’expression publique, lieu du débat, la presse a de multiples aspects qui se rejoignent dans une même idée celle de l’influence des journaux sur la vie politique du pays. Les mouvements politiques ont vite compris à l’aube du XIXe siècle le rôle primordiale que jouerait la presse dans la communication des idées. Les défenseurs du gouvernement mais aussi l’opposition se sont jeté sur les ateliers d’imprimeurs et ont créé très vite beaucoup de journaux. Les « Ultras » rassemblent à eux seul dans leur tendance, des journaux comme la Gazette de France, La Quotidienne, Le Drapeau blanc ou encore Le Conservateur. On s’aperçoit en faisant un décompte facile des abonnés et des tirages que la presse d’opposition est très populaire ce qui peut témoigner une envie de la population d’avoir un avis contraire et divergent de la propagande royale. Il n’existe pas seulement de la presse politique mais des journaux littéraire comme Le Globe qui loin s’en faut ne reins pas les textes politiques dans leur édition. Enfin il existe tout une série de petits journaux qui se font discret pour échapper à la propagande et qui sont donc souvent très dur avec le gouvernement.

Opinion publique
Louis-François Bertin, directeur du Journal des débats

L’émergence de la presse va évidemment de pair avec une envie des lecteurs, une envie croissante tout au long de la première moitié du XIXe siècle d’autant plus que sous la pratique de journaux comme Le Siècle ou La Presse le prix d’abonnement diminue avec l’apparition en contrepartie de publicité. Le Constitutionnel est tiré en 1825 à 16 250 ce qui est considérable pour l’époque.

La presse n’est pas juste une expérience sur papier, elle peut prendre des formes diverses et variées. On voit dès lors des lectures dans des cabinets de lecture ou dans des cafés, ainsi que des lectures publiques dans les cabarets ou les auberges. Il y a aussi plus tard l’apparition des congrès de la presse rassemblant par exemple tous les journaux de gauche dans le but de peser politiquement. A l’issus de ces congrès, on fixe des revendications communes.

Le poids de la presse ne peut être mieux montré que par les nombreux débats et polémiques sur la liberté de la presse. Aujourd’hui on parle de 4ème pouvoir mais à l’époque la presse utilisant chaque parcelle de liberté qu’on lui offre pèse véritablement dans les débats ce qui peut parfois déplaire à l’exécutif. Lors d’évènements comme l’attentat de Fieschi, des dispositions sont prises en accusation de la presse et de ses nombreuses caricatures du roi qui ont selon les autorités accentué la démarche de Fieschi.

Les sociétés secrètes, les violences, la naissance de l’opinion dans les classes populaires

Société secrète et complots

La puissante répression politique du pouvoir royal influe sur le phénomène d’apparition de société secrète. Ces dernières fomentent au sein d’assemblée d’un nombre de personne des attentats contre les autorités. On les reconnait souvent par des pratiques comme le fait de prêter serment. Il y a dans la majorité des cas une hiérarchie entre les membres, un respect de certaines règles.

Le ministère tente de les attaquer en envoyant des circulaires mais la dispersion des membres partout en France rend la tâche extrêmement compliqué pour le pouvoir royal. On peut citer logiquement la plus connu de ces organisations, la Charbonnerie. Parmi les membres étudiants ou professeurs, on y trouve des personnalités importantes ou qui le seront plus tard tel que Auguste Blanqui.

Sous la Monarchie de Juillet, ces organisations réapparaissent mais cherche plus de légalité et de ce fait sont moins secrète. On y trouve donc Aide toi, le ciel t’aidera, la Société des Amis du peuple, la Société des droits de l’homme ou encore la sulfureuse Société des familles d’Auguste Blanqui qui vont jusqu’à tenter un coup d’état en 1839. On le voit ces sociétés reflètent une certaine violence politique qui secoue la société à la veille de la révolution de 1848.

La violence politique et les nouvelles formes de manifestations

La violence politique doit être mesuré non pas sur les quelques évènements marquants tel les agissements de Louvel mais doivent être regardé dans le quotidien du peuple. Et c’est surtout dans la parole que l’on retrouve une violence envers le roi. Les crieurs de rue diffusent ainsi les chansons de Béranger dont l’une porte une critique acerbe vis-à-vis du sacre de Charles X. Plus que les moqueries, c’est une véritable envie de régicide qui transparait parfois dans la parole du peuple. On peut noter en plus de cela qu’apparait souvent beaucoup de rumeurs d’origine « endogène et exogène » (S. Aprile) qui s’accompagne d’un imaginaire du complotisme.

Histoire l'opinion publique

Un point sur le phénomène de la barricade

La rue est le lieu des violences. Les bilans des manifestations sont lourds comme on l’a vue avec la révolte des Canuts dans l’article sur la Monarchie de Juillet. On voit alors apparaître ses combats entre manifestants et forces de l’ordre des barricades, symbole selon Alain Corbin de l’émergence du peuple dans le débat (« machine à produire ce peuple »). C’est un phénomène qui reste cependant très parisien et qui est parfois plus symbolique que véritablement défensif.

On le voit cette époque des dernières monarchies voient l’émergence d’une opinion publique mais aussi d’un nouveau visage de la scène politique qui prépare ce que l’on verra plus tard avec la Seconde République mais surtout la Troisième, c’est-à-dire un peuple de plus en plus présent mais qui doit faire un choix dans une vie politique totalement éclaté en différents courants, mouvements et partis.

Écrit par Hugo Thompson

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