Que dire sur Léonard de Vinci. Nous allons tenter de résumer une vie, la vie d’un homme, d’un génie comme l’histoire en fait peu. Il ne marque pas seulement l’humanisme italien de son empreinte, il marque l’histoire à travers on le verra un immense héritage. Mais sa vie s’inscrit d’abord dans une période où l’Italie n’est pas unie mais où elle est le centre culturel de l’Europe. Parlons d’abord de sa vie pour terminer par son œuvre.

Léonard de Vinci
L'homme de Vitruve par Léonard de Vinci

La vie de Léonard (1452-1519)

Une enfance florentine dans une famille modeste (1452-1467)

« 1452. Le samedi quinze avril à trois heures de la nuit est né mon petit-fils, fils de mon fils ser Piero. Il a reçu le nom de Léonard. ». C’est par ses quelques mots du grand père Antonio que Léonard de Vinci, l’un des plus grands génies de l’histoire est annoncé au monde ou tout du moins à la famille dans un carnet notariale typique des pratiques florentines de l’époque.

Léonard né donc dans le petit bourg de Vinci, à quelques kilomètres à l’ouest de Florence. Son père se nomme ser Piero et sa mère Caterina. Léonard est un enfant illégitime. Il est élevé essentiellement par son grand-père qui lui apprend l’art de l’observation. Lorsque celui-ci meurt en 1464, ser Piero se sent obligé de faire venir à Florence son fils bâtard. Mais il le confie rapidement à un grand nom florentin, Verrocchio.

La formation dans l’atelier de Verrocchio (1467-1479)

Andrea del Verrocchio tient le plus prestigieux atelier de Florence où l’on apprend tout le savoir-faire acquis durant l’époque médiévale. C’est une belle métaphore de ce que sera lui-même Léonard plus tard, c’est-à-dire un touche à tout. En effet au sein de cet atelier, Léonard entouré de célèbre nom comme Sandro Botticelli apprend à la fois le domaine artistique à travers la peinture et la sculpture mais il développe aussi un savoir-faire technique qui sera à la base de sa qualité d’ingénieur « polytechnique ». Verrocchio lui enseigne toutes les connaissances les plus diverses et variées tel que l’alchimie, l’algorithmique, la métallurgie mais aussi la menuiserie.

Une légende persiste encore aujourd’hui sur la précocité du talent de Léonard. Même si il ne publie pas de tableau durant sa formation aux côtés de Verrocchio, il aurait peint une partie d’une œuvre de ce dernier, le baptême du christ, et le talent de l’apprenti aurait ainsi dépassé celui du maître qui se serait arrêté de peindre.

C’est un artiste peintre italien, d’abord orfèvre et forgeron, puis peintre, sculpteur et fondeur. Il est au service de Laurent le Magnifique pour lequel il réalise de somptueuses fresques.  

Léonard de Vinci
Le baptême du Christ par Verrocchio et Vinci

Les années florentines sont marquées par les premières créations du peintre dont la Madone Dreyfus en 1471. Léonard commence à se faire un nom dans le milieu culturel florentin et à fortiori italien. Se faire une réputation, grandir, monter dans les hautes sphères des sociétés princières permet à l’époque pour un artiste de gagner en liberté créatrice, de faire de sa profession un art libéral mais aussi un art rentable.

Léonard de Vinci
La Madonne Dreyfus de 1471

Ainsi Léonard souhaite se rapprocher de certaines grandes familles italiennes comme les Médicis. Mais ces derniers n’ont pas de cour, et c’est pourtant cet organe politique qui permet d’évoluer et d’avoir des commandes. Léonard de Vinci se tourne vers une autre grande famille les Sforza et surtout Ludovic Sforza dit le More.

La période Milanaise (1482-1499)

En 1482, il envoie donc une lettre à Ludovic le More dans le but de lui montrer ses qualités pour réaliser des tableaux, des fresques et des décorations. Mais il ne s’arrête pas là et c’est toute la particularité de Léonard de Vinci puisqu’il fait état de ses qualités d’ingénieurs notamment dans l’art de la guerre. En ses temps de conflits, savoir s’imposer militairement et politiquement et savoir le montrer sont deux choses très importantes, primordiales pour les pouvoirs en place. Ainsi il faut maitriser les techniques militaires, les armes mais aussi la communication autrement dit la propagande. Dans cette lettre en forme de CV, Léonard est très élogieux envers la famille des Sforza à laquelle il promet la réalisation d’une immense statue de bronze en l’honneur du père de Ludovic le More.

A Milan, Léonard se sent libre. Il est à la tête d’un atelier dans lequel il embauche des apprentis. Il effectue des travaux d’ingénierie portés sur le mouvement des eaux avec le développement d’écluses, de systèmes hydrauliques. L’art reste tout de même au cœur de sa démarche et de son travail pour le prince de Sforza et pour différentes personnalités. Ainsi il réalise pour la confrérie de l’Immaculée Conception de San Francesco Grande, La vierge aux rochers, aujourd’hui exposée au Louvres.

Léonard de Vinci
La vierge aux rochers

Léonard de Vinci participe à la tête de son atelier à des concours d’architectures en 1487 pour achever le Tiburio, la Tour-Lanterne du dôme de Milan. En 1495, il réalise sa célébrissime fresque, La Cène pour la Santa Maria delle Grazie.

Va-t-on trouver un domaine que Léonard n’a pas exploré ? Le maître ajoute à sa palette d’activité les fêtes princières. En effet il organise ces grandes fêtes où tous les nobles des cours européennes se réunissent. A la décoration somptueuse, il ajoute des effets, de la musique rendant la fête inoubliable pour les invités. Pendant qu’il continue le cheval de bronze pour les Sforza, Léonard rencontre en 1496 le mathématicien Luca Pacioli. Cet évènement à l’apparence tout ce qui a de plus normal se révèle être une rencontre fondamentale pour l’ingénierie du XVIe siècle. C’est en effet le moment où le monde technique rencontre le monde de la géométrie.

Les guerres d’Italie commencent en 1494. Ces excursions française en Italie changent totalement le visage de certains Etats comme le dit si bien François Guichardin « une flamme, une peste qui non seulement changea les Etats, mais aussi la façon de les gouverner, et les façons de faire la guerre ». Et en 1499, les Sforza se font expulser du Royaume de Milan par Charles VIII. Léonard de Vinci perd ces principaux clients et appuis politiques. Il débute une vie mouvementée dans le sens premier du terme.

Un voyageur humaniste (1500-1519)

En 1500, Léonard commence donc à voyager à travers l’Italie. Il se rend à Venise et tente de trouver des occupations mais l’Etat Vénitien refuse un projet de fortification. A Mantoue, cette principauté très portée sur la culture, Léonard rencontre les Gonzague pour qui il réalise un portrait d’Isabelle d’Este. Il va ensuite visiter les ruines antiques de Rome.

De 1503 à 1506, Léonard séjourne à Florence. Il partage toujours son temps entre les conceptions artistiques et les constructions d’ingénierie. Il réalise notamment La Joconde alors appelé Mona Lisa à l’époque et s’acharne dans le même temps sur des travaux hydrauliques dans le val d’Arno.

Léonard partage désormais son temps entre Florence et Milan. Dans la région milanaise, Léonard se rapproche des français et notamment Charles d’Amboise. Il continue ses travaux scientifiques portés sur l’anatomie et réalise des décors pour Charles d’Amboise. Mais en 1513, la coalition anti-française l’emporte et chasse les français de Milan et Léonard avec.

Léonard de Vinci fait un séjour à Rome, la ville où règnent déjà Michel Ange et Raphael. Il sert Giuliano de Médicis et travaille sur les mathématiques et l’optique. En 1516, François I invite Léonard à venir en France. Il lui offre le poste de premier peintre, ingénieur et architecte du roi. Léonard habite alors à Ambroise, au manoir de Cloud. A la fin de sa vie, Léonard ne peint plus mais continue de dessiner et remplie ses cahiers d’observations et de croquis scientifiques. Avant sa mort le 2 mai 1519, il avait fait vœu que tous ses cahiers soient publiés. Ce n’est finalement que 400 ans plus tard, que Léonard entre dans la postérité et que son travail et son œuvre immense témoignent aux yeux du monde du génie de cet homme.

Léonard de Vinci, génie scientifique

« Un grand bricoleur », Umberto Eco

Cette expression est quelques peu à nuancer. Léonard a en effet construit beaucoup de choses mais souvent construites dans son esprit ou dessinées dans ses cahiers. La majorité de ces concepts et de ses projets ne sont pas viables mais l’approche et la méthode de construction intellectuelle sont très intéressantes pour l’époque. Léonard imagine le monde du futur, de son futur et de notre présent. Ainsi il pense le char d’assaut, les mécanismes de manivelles, la calculatrice ou comme on l’a vu les armes militaires. On peut penser qu’il est à l’origine de la bicyclette mais le débat est encore intense sur ce sujet. Le mot précurseur est surement le plus adapté. L’héritage du maître est immense. Et c’est surtout dans sa méthode plus que dans ses résultats que les scientifiques du XVIe, XVIIe, XVIIIe et même XIXe siècles s’inspireront

Appareil volant par Léonard de Vinci

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Un adepte de la nature et du corps

Léonard est avant tout un grand observateur de la nature. Il admire celle-ci et puise dans ses mécanismes. La nature nous offre selon lui beaucoup de connaissances pratiques et il suffit d’un peu d’attention pour remarquer ici ou là un système naturel duplicable sous forme artificiel.

C’est ainsi qu’il se passionne pour le vol des oiseaux. Le rêve de voler est dans les esprits et c’est loin d’être une idée de Léonard. Mais Vinci va pousser la réflexion jusqu’à des limites jamais atteintes. Il imagine ainsi « la vis aérienne » que l’on appelle aujourd’hui l’hélicoptère. Mais il ne s’arrête pas là et expose l’idée du parachute et du deltaplane. Certes toutes ces idées restent que théoriques et leur application est impossible mais cela montre le génie visionnaire de cet homme.

Léonard va être pour le coup un grand ingénieur dans l’hydraulique. Il va véritablement dompter ce liquide si mystérieux mais si utile pour l’homme.  Outre ces idées de sous-marins, de scaphandre ou de flotteur, c’est surtout les systèmes de pompage qu’il va développer au service des princes italiens.

La mer mais aussi la terre intéressent le maître. Il étudie les montagnes et la présence de fossiles de coquillage l’aiguille vers l’idée que la terre s’est soulevée. C’est ainsi un Léonard géologue qui se présente sous nos yeux. Il étudie aussi les mécanismes d’érosions.

Léonard étudie beaucoup l’anatomie et réalise des dessins d’observations remarquables lors de la dissection de dizaines de corps humains. Les courbures des muscles sont parfaitement représentées. Il réalise également une étude sur l’embryon humain et participe à la recherche sur l’optique et la vision.

L’un de ses dessins anatomiques va rester célèbre sous le nom mystérieux « d’homme de Vitruve ». Cette vidéo de la chaine On n’est pas que des cobayes explique bien ce dessin de Léonard.

Léonard de Vinci, le génie artistique à travers deux œuvres emblématiques

La Cène, une fresque vivante

Aujourd’hui cette fresque si célèbre, est toujours présente dans le réfectoire du couvent de Sainte-Marie-des-Grâces. Son état permet juste de reconnaitre les personnages de cette scène des Evangiles. Les historiens de l’art comme les simples passionnés sont désespérés à l’idée de ne jamais voir l’œuvre totale de Léonard avec toutes ses couleurs et tous ses reliefs. Les moines de l’époque ont été subjugués par cette fresque qui témoigne tant de vérités sur cet épisode si important et si emblématique de la religion chrétienne. La sensation de manger avec Jésus et les douze apôtres transperçaient chaque personne qui s’attablait dans ce réfectoire.

la Cène
Fresque de la Cène réalisée par Léonard de Vinci

Mais outre les détails précis de la table et des assiettes, c’est véritablement l’histoire transmise par cette fresque qui émerveille les moines. En effet, Léonard a poussé la réflexion sur l’histoire de la Cène et ne s’est pas contenté d’en effleurer la surface. A la lecture des évangiles de Saint Jean, et de Saint Matthieu notamment, il a composé un véritable drame, une scène vivante où les apôtres sont agités par les mots de Jésus, lui-même calme et patient au milieu de la fresque. A sa droite, St-Jean écoute les paroles de St-Pierre, et Judas regarde le Christ avec une certaine appréhension. La vigueur des émotions constitue toute la somptuosité de cette œuvre qui reste à n’en pas douter l’une des plus marquantes de l’histoire de l’art.

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La Joconde ou l’expérience du sfumato

Léonard dans son esprit observateur remarque l’absence d’émotion dans les œuvres de son époque. Il remarque un caractère figé, une impression que l’on peint des statues plutôt que des hommes. Son collègue de l’atelier de Verrocchio, Botticelli a l’idée d’accentuer l’ondulation des cheveux mais c’est loin d’être suffisant pour faire vivre le visage des hommes et des femmes. Encore une fois, Léonard va être précurseur et va être à l’origine d’une technique exceptionnelle, le sfumato.

La Joconde
Mona Lisa ou La Joconde de Léonard de Vinci (1503-1506)

L’idée de Léonard est de laissé un doute, un mystère sur les formes et les émotions. Il dit « Veille à ce que tes ombres et lumières se fondent sans traits ni lignes, comme une fumée ». Les contours sont enveloppés, les couleurs sont atténués, tout ceci pour laisser place à l’imagination. Car en effet quand on se retrouve face à la représentation de Mona Lisa, on a le sentiment de jamais vraiment comprendre ses émotions. Ce sentiment est accentué par les nombreuses dissymétries du tableau. Suivant que l’on fixe l’œil gauche ou l’œil droit, la Joconde a une expression différente.

Léonard a réussi la magie terrifiante pour les hommes de l’époque de capter l’âme de Mona Lisa dans ce tableau.

Le mystère et le mythe qui entourent ce tableau sont construits par le tableau lui-même. Mona Lisa à travers son regard, son sourire, sa position intrigue le monde de l’art, du simple amateur au spécialiste renommé. D’où vient ce mystérieux sourire ?

La célébrité hypertrophiée de l’œuvre de Léonard de Vinci débuta lorsque les maîtres à penser du Romantisme la portèrent aux nues en la divinisant, presque. Si les qualités artistiques du coup de pinceau et des techniques de Vinci sont irréfutables, il n’en reste pas moins que Mona Lisa dépasse en célébrité toutes les autres toiles du maître. Conservée précieusement jusqu’à la mort de Vinci par lui-même, il est dit que ce tableau revêtait pour lui une signification particulière.

Sans connaître cette signification nous lui avons nous-même redonné une importance toute particulière. Certains historiens de l’art expliquent son sourire énigmatique par la théorie que Léonard aurait peint son propre autoportrait camouflé en portrait d’une femme imaginaire. Le fait que le tableau devait être une commande mais que le peintre l’ait conservé justifierait cette thèse. Certains affirment aussi qu’à travers la ligne formée par la rencontre des lèvres de Mona Lisa se camoufle en fait un dos d’homme nu, de Vinci reconnu comme étant homosexuel.

Un tel excès de culte voué à Mona Lisa entraîna évidemment une désacralisation de l’œuvre à laquelle on assista dans les temps plus modernes. Avec bon nombre de réécritures de la Joconde, les peintres du monde entier se sont amusés à trafiquer le tableau originel.

Léonard de Vinci
Un auto-portait de Léonard

Léonardo da Vinci est peut être l’homme le plus exceptionnel de l’histoire de l’humanité. Il a été peintre, dessinateur, sculpteur, écrivain, philosophe, musicien, poète, inventeur, mathématicien, géologue, physicien, anatomiste, botaniste, chimiste, architecte, ingénieur, homme politique et tout cela en étant visionnaire. Il fascine encore aujourd’hui les historiens. La Cène et la Joconde constituent probablement les deux œuvres les plus célèbres au monde au XXIe siècle. Ses travaux scientifiques ont inspiré des centaines de penseurs et d’intellectuels de l’époque moderne et contemporaine. Il reste à n’en pas douter l’un des hommes les plus influents de l’histoire.

Écrit par Hugo Thompson.

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