À la fin du XVIIIe siècle apparaît le mouvement préromantique. La vie est essentiellement tournée vers l’affectivité. Chez Schopenhauer, la sexualité est notamment le principe qui sous-tend la vie humaine. Chez Nietzsche, « le degré et la nature de la sexualité d’un être humain s’étend jusqu’au sommet de son esprit ». Freud s’inscrit dans rupture de cette conception préromantique de l’affectivité et n’a pas l’intention de trouver une loi universelle à la sexualité mais de bouleverser l’opinion commune. Il dira notamment que l’enfant, tout comme n’importe quel être adulte, a des pulsions sexuelles. 

Freud et la sexualité

Les différents stades de la sexualité infantile chez Freud

Nous trouvons chez Freud une évolution de la vie sexuelle de l’enfant. Ce dernier passera par différents stades avant d’avoir une vie sexuelle normale. 

  • Le stade oral ou cannibalisme : à ce stade l’enfant ne distingue pas le besoin du plaisir qu’il procure. Tout commence par le sein : l’objet du désir vient par besoin de se nourrir et provoque du plaisir, notamment celui de sucer. L’enfant finit par dissocier le plaisir du besoin et continue de sucer, cette fois-ci non le sein de sa mère mais son pousse. L’enfant devient auto-suffisant, l’objet de son désir n’est plus extérieur à lui.
  • Le stade anal : ce stade concerne les « fèces », à savoir les excrément du jeune enfant. Apparaît l’idée d’une pulsion de cruauté que l’enfant s’inflige à lui-même. Il y a douleur puis soulagement : mécanisme qui provoque sa jouissance. Cela constitue les prémisses de la tendance sadomasochiste. Ce contrôle des fèces pourra donner lieu à tout un tas de contrôle, comme celui des dépenses. La manie de l’ordre montre également que l’on est bloqué au stade anal. 
  • Le stade phallique : Les premières stimulations sexuelles engendrent chez l’enfant une envie de recommencer en appuyant sur son sexe. Une autre pulsion apparaît, la pulsion scopique, et consiste à montrer son sexe à tout va. C’est aussi le stade où l’enfant découvre l’existence des sexes. On peut parler d’épistémophilie : l’enfant cherche à savoir et se pose tout un tas de questions. Le phallocentrisme est à ce stade très important.
  • Le complexe d’Oedipe et la conception sadique du rapport sexuel : l’enfant assiste à la « scène primitive » : il croit voir que le père fait du mal à sa mère lors d’un rapport sexuel. C’est cet événement qui crée le premier refoulement et qui est à l’origine du développement de son inconscient. L’enfant ressent également une menace de castration de la part de son père à ce stade.
  • Le stade de latence et de sublimation : au stade de latence, l’enfant a entre 6 et 8 ans. C’est durant cette période qu’il redirige sa pulsion sexuelle vers un autre but que celui initial. 

L’enfant pour Freud est un « pervers polymorphe », c’est-à-dire qu’il éprouve du plaisir dans toute perversion. Rappelons que la perversion vient de l’assouvissement du désir d’une autre manière que celle qui permet la reproduction. Ce caractère polymorphique se réduit à l’adolescence, car à ce moment là l’adolescent oriente son désir vers un objet extérieur. La puberté est le dernier stade de la sexualité. on passe d’autoérotisme à hétéroérotisme. 

Trois essais sur la théorie sexuelle

Freud publie les Trois essais sur la théorie sexuelle en 1905. Dans cet ouvrage, Freud ne réduit pas la sexualité à une sexualité génitale, biologique. Au contraire, il montre plutôt que le corps a une un pouvoir général d’investissement, que la libido est variable et plastique. 

L’objet de la libido peut ainsi avoir des objets différents, s’attacher à des parties différentes du corps. On assiste donc à une liberté sexuelle infinie dans la mesure ou la variabilité même de la libido peut être le but du désir. Il peut y avoir variation du mode de satisfaction, de l’intensité de la sexualité, ainsi qu’une variation des zones érogènes. 

Chez l’enfant, il y a tout puissance du désir, il n’y a aucun refoulement. Freud parle de processus primaire : une satisfaction « à tout prix » pousse l’enfant à se décharger de son désir par n’importe quel moyen. C’est de là que peut provenir la plasticité de la libido : le fort besoin de se décharger de son désir libidineux entraine le sujet à trouver tout un tas de moyens afin d’y parvenir. 

Pour introduire le narcissisme

Dans Pour introduire le Narcissisme de 1914, Freud montre que le premier investissement sexuel de l’enfant est un investissement narcissique. En effet, l’enfant commence par s’aimer lui-même avant de se tourner vers d’autres objets extérieurs à lui. Freud formule ainsi la thèse d’un « narcissisme primaire » qui rend très fragile le choix d’objets dans la mesure où elle peut se porter sur l’importe quoi mais surtout parce qu’elle peut à tout moment revenir à soi. Dans ce contexte, lorsque je vais vers l’autre c’est dans une mesure parce que je m’y reconnais, je le vois comme un autre moi-même. 

Le but de la libido semble variable et se met en place à la puberté bien que beaucoup de choses se jouent avant ce stade. Comme nous avons pu le voir, la sexualité prend différente forme chez l’enfant avant de se stabiliser à l’adolescence. 

L’appareil psychique semble vouloir abaisser toutes les tensions dans la mesure ou cette dernière est source d’angoisse. Cela se traduit alors, comme chez l’enfant, comme un désir tout puissant qui cherche à se décharger à tout prix. C’est comme cela que des variations quant aux modes de satisfaction de la libido se développent.

Sexualité et vie psychique chez Freud : une conception lourde de conséquences

Nous avons pu voir que la vie sexuelle apparaît presque dès la naissance, quelle se développe progressivement en passant par différents stades jusqu’à atteindre une certaine stabilité à l’âge adulte et qu’elle prend sa source dans la vie psychique. Cela appelle à certaines considérations, notamment celle de prendre au sérieux le développement de la vie intérieure de l’enfant, puisque sa stabilité psychique et sa vie sexuelle sont en jeu si l’on considère l’importance de l’inconscient freudien. 

Les frustrations ou traumatismes qui pourraient survenir chez l’enfant auraient de lourdes conséquences dans sa vie adulte. En effet, des blocages ou « fixations » peuvent se produire et conduire à des « perversions », c’est-à-dire à une volonté d’assouvir ses désirs libidineux d’une manière autre que celle qui vise la reproduction. 

La cure psychanalytique permettrait de rendre l’inconscient en conscient, de manière à guérir le névrosé et lui permettre de retrouver une vie psychique normale.