La civilisation chinoise est beaucoup portée vers le ciel, vers l’Espace qui est directement lié au gouvernement chinois. Le cosmos est vu comme un être vivant, un véritable organisme que les actions humaines peuvent heurter ou modifier. Ainsi les autorités prennent grand soin d’observer le ciel via la nomination d’astronomes officiels qui dirigent des observatoires. Mais outres cet aspect politico-religieux, il y avait surtout la mise en place d’un calendrier qui occupent beaucoup le gouvernement chinois. Attardons-nous un peu plus sur cette discipline chinoise tant décrié par les occidentaux de l’époque moderne. Penchons nous sur l’astronomie chinoise.

astronomie dans la chine médiévale
La carte de Dunhuang

l'astronomie chinoise : une astronomie d’État

   Durant 4000 ans les chinois ont observé le Ciel à la recherche de phénomènes inattendus. Comme on l’a dit en introduction l’empereur embauche des officiers astronomes, astrologues et météorologues pour surveiller le Ciel et avertir l’homme qui a reçu le Mandat du Ciel, l’empereur. C’est unique dans l’histoire du monde qu’un pays ou une civilisation observe pendant tant d’année le Ciel et enregistre ces observations. Encore aujourd’hui les astronomes cherchent dans les archives chinoises des textes relatant des évènements passés de manière à les relier avec des phénomènes présents.

   Au musée provincial de Hunan se trouve l’un des documents les plus remarquables des archives d’astronomie chinoise. On l’appelle « l’Atlas de soie des Comètes ». Il présente une étude et une observation sur plusieurs siècles des comètes et explique une différence dans les queues des comètes.

une différence de méthode entre l'astronomie chinoise et occidentale

   L’astronomie chinoise est connue au début du XVIIe siècle par quelques occidentaux qui ne cessent de la dénigrer. C’est le cas par exemple de Matteo Ricci et de ses collègues ainsi que des Jésuites qui ont une mauvaise opinion de cette astronomie. Tout cela vient principalement du fait que les chinois pratiquent un modèle d’observation différent notamment sur le calcul de la distance des astres. Un modèle qui s’avère être plus tard plus légitime et plus juste que le modèle occidentale. Les chinois s’avèrent être finalement, n’en déplaise aux européens, en avance pour ce qui est de l’observation astronomique.

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Matteo Ricci

   Nous n’allons pas rentrer dans les détails scientifiques et mathématiques de cette méthode mais la différence se produit essentiellement sur l’utilisation de différents référentiels. Du côté occidental, on utilise l’écliptique, c’est-à-dire la définition de la position d’un objet céleste par rapport à la course apparente du soleil. Dans l’astronomie chinoise, les astronomes prennent comme axe de calcul l’équateur céleste, projection de l’équateur terrestre sur la sphère céleste.  

C’est un père jésuite italien né en 1552 à Macerata et mort en 1610 à Pékin qui a participé au processus d’inculturation du christianisme en Chine.

le calendrier luni-solaire

   Outre l’interprétation politique des phénomènes célestes, l’astronomie chinoise s’est fortement développée sur la recherche et la mise en place d’un découpage temporel.

   La mise en place d’un calendrier passe obligatoirement par la recherche de la position du soleil. Et encore une fois les chinois montrent une singularité dans la méthode. En effet au lieu de trouver la position de notre étoile en observant les levers et couchers héliaques, ou en alignant des pierres, les chinois eux observent les étoiles situées à l’opposé du Soleil par rapport à la Terre. Ils mettent en place des constellations au nombre de 28 et déterminent le chemin du Soleil mais aussi de la Lune à travers ses constellations qu’ils nomment « maison du ciel ».

   Les chinois utilisent un calendrier luni-solaire, lunaire pour les mois et solaire pour les saisons. En 1400 av JC, ils savent déjà que l’année solaire est de 365 jours et que les mois sont de 29 jours et demi correspondant aux lunaisons (durée pour voir une nouvelle Lune). Vers 300 av JC, l’astronomie chinoise utilise un cycle de 19 ans avec 12 années de 12 mois et 7 années de 13 mois. Parallèlement à ce cycle est établie un cycle météorologique avec des moments importants comme l’équinoxe de Printemps ou ce qu’ils appellent les insectes excités.

   L’année est divisée par des cycles de jours souvent 60 jours divisés en 6 semaines de 10 jours et plus tard 7 jours (vers 1000 ap JC).

   Les chinois ne connaissent que cinq planètes : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Ils les nomment respectivement « étoile de l’eau », « étoile de métal », « étoile de feu », « étoile de bois », et « étoile de la Terre ».

le découpage du ciel et la théorie de l'univers dans l'astronomie chinoise

   L’astronomie chinoise est particulièrement connue pour avoir inventé les points et les traits que l’on utilise encore aujourd’hui pour cartographier les étoiles et les constellations. Ils sont les premiers à établir des catalogues d’étoiles notamment au IVe siècle avec trois astronomes, Shi Shen, Gan De, Wu Xian. Ils établissent des catalogues très détaillés qui seront fusionnés par Chen Zhuo qui dessine une carte des étoiles 700 ans plus tard.

   Les étoiles sont représentées par rapport à la Terre et la représentation de celle-ci sur une surface plane pose problème. Les chinois vont avoir encore une fois de l’avance et pas des moindres puisque la carte des étoiles de « Dunhuang » de Qian Luo-zhi datant de 940 ap JC présente une projection de « Mercator », projection qui fut établit en Europe 500 ans plus tard par Gerhard Mercator. Le planisphère apparaît plus tard notamment l’un d’entre eux gravé sur la pierre au XIIe siècle ap JC qui représente alors les pôles, l’écliptique, l’équateur, les maisons célestes, et la Lune.

Si vous aimez les mathématiques, vous pouvez jeter un œil sur l’article : L’infini en Maths

enregistrement d'observation céleste

   L’observation des phénomènes astronomiques est comme on l’a dit importante aux yeux des autorités chinoises mais c’est donc aussi parfois un secret d’Etat que d’observer une anomalie synonyme de mauvais comportement de l’empereur.

   Les chinois ont beaucoup observé et enregistré depuis le VIIIe siècle av JC les éclipses bien avant Ptolémée. Dans les temps de règne heureux, ils fermaient les yeux et il n’y a donc pas de traces d’enregistrements d’éclipses. Malgré tout ce refus d’enregistrer est bien moindre à ce qui existe en Europe où la définition des astres comme parfait refuse l’idée par exemple qu’il existe des tâches sur le Soleil. Les chinois sont ainsi les seuls à observer ces tâches et ils sont aussi précurseurs dans l’enregistrement des supernovæ et des novæ. Entre 352 av JC et 1604 ap JC, ils ont enregistré 75 supernovæ et novæ qu’ils appellent des « étoiles invitées ».

   Les comètes sont également au même titre que les supernovæ beaucoup observée et étudiée. Et c’est notamment le cas de la célèbre comète de Halley observée durant pas moins de 22 siècles. Comme on le sait elle apparaît tous les 75 ans et les enregistrements constituent donc pour les astronomes d’aujourd’hui une base importante d’informations pour étudier le mouvement sur le temps long de cette comète. Une autre avancée majeure des chinois par rapport aux occidentaux se situent dans l’étude des météores et des météorites. Ils vont même jusqu’à étudier directement la météorite qui est restée intacte en arrivant au sol.

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La comette de Halley photographiée en 1986

les instruments d'observation dans l'astronomie chinoise

   Les chinois n’inventent pas tout et en termes d’instruments de mesure et d’observation ils ont parfois réutilisé des techniques occidentales et arabes. C’est le cas notamment des gnomons (tige verticale) et de la sphère armillaire. Sur le conseil de voyageurs arabes, ils construisent d’immenses outils d’astronomies comme la tour de Zhou Kong haute de 12 mètres et qui sert à mesurer l’ombre du soleil.

   Les chinois ont cependant et ce n’est pas une surprise inventé aussi des instruments en avance sur les occidentaux. C’est le cas de l’étalon, un appareil de mesure en terre cuite qui accompagne le gnomon, et qui est placé sur l’ombre.

   L’observation n’est pas la seule discipline de l’astronomie. Le chronométrage a une place essentielle dans l’étude du ciel et surtout du mouvement des objets célestes. Les chinois perfectionnent la clepsydre (horloge à eau) apparue bien avant dans les vallées de la Mésopotamie. La clepsydre prit alors sous la civilisation chinoise différentes formes et différentes tailles.

   Mais l’astronomie chinoise s’acquit d’une avancée considérable qui est la base des horloges d’aujourd’hui, c’est la clepsydre mécanique. Elle est inventée par le moine Yi Xing et l’ingénieur Liang Ling-Zan en 723 av JC. C’est le système de l’échappement qui fait toute la différence. C’est tout simplement le fait qu’un engrenage libère à une cadence précise et régulière une seule dent. Ce système mécanique d’horloge n’apparaît en Europe qu’au XIVe siècle.

Une horloge hydraulique au musée de la Cité Interdite

   On le voit bien dans la discipline astronomique, les scientifiques chinois n’ont rien à envier aux européens et sont souvent en avance. Cette astronomie chinoise est beaucoup liée à la spiritualité, ces deux notions pourraient être mis ultérieurement en corrélation dans un prochain article sur l’astrologie chinoise si populaire aujourd’hui.

Écrit par Hugo Thompson

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